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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/751

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n’ayant plus de racines dans le sol, l’influence appartient naturellement aux agens du pouvoir ; et qu’importe ; si le pouvoir gouverne selon le vœu de la majorité ? Ajoutez que le ministère n’est pas libre de destituer un fonctionnaire député qui aurait voté contre lui. La chambre regarderait cette mesure comme une atteinte portée à son indépendance. Ce sont de ces choses que l’on n’ose qu’une fois.

Allons plus loin, si les fonctionnaires étaient exclus de la chambre, il deviendrait fort difficile de discuter pertinemment certaines questions. Dans un pays organisé démocratiquement, les fonctionnaires ont nécessairement l’avantage des lumières et de l’éducation. On les envoie dans les localités comme des missionnaires de la civilisation ; faut-il s’étonner si les localités les renvoient à la chambre pour défendre les intérêts qu’ils étaient venus étudier, ou régler ?

Il n’y a, selon nous, qu’un intérêt de curiosité à rechercher le nombre des fonctionnaires députés. C’est dans la composition du corps électoral que l’on doit placer les garanties ; les choix seront bons, si les électeurs sont indépendans. Plus le gouvernement a d’emplois et de faveurs à distribuer, plus il est nécessaire d’étendre le droit de suffrage, pour le mettre à l’abri de la corruption et de l’intimidation.

Le gouvernement dispose, en France, de 200,000 emplois, soit dans les administrations, soit dans la magistrature, soit dans l’armée ; et l’on ne compte pas 200,000 électeurs ! Il n’y a qu’un seul acheteur possible dans les élections ; mais cet acheteur a d’immenses moyens de corruption. Dans un pays plus naturellement commerçant, et où la vénalité ferait depuis plus long-temps partie des mœurs publiques, une telle situation serait la ruine du système représentatif. En France, ces trafics d’opinion sont impossibles par un temps de crise ; le patriotisme s’exalte alors, tout électeur devient soldat, et personne, au moment de la mêlée, ne passe à l’ennemi. Mais par un temps de calme, on se laisse tenter ; on se donne plus qu’on ne se vend ; une promesse, une faveur faite à une localité, peut décider alors une élection. Ainsi la corruption ne devient possible que lorsqu’elle cesse d’être un danger public.

Ces capitulations de conscience, quoi qu’il arrive, sont toujours un mal. Elles outragent la morale, et déconsidèrent l’autorité ; or,