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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/738

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l’on veut, moins prononcés que la chambre des députés. Les diverses oppositions y comptent très peu d’organes. Le département de la Seine est peut-être le seul où la majorité des conseillers se trouve plus fortement nuancée que celle des députés. Sur presque tous les points la grande propriété, ministérielle quand elle n’est pas légitimiste, a dicté les choix. D’ailleurs, 17,000 électeurs adjoints sur 235,000 ne donnent qu’un adjoint contre douze censitaires ; et cette proposition n’est pas assez forte pour renverser ou pour modifier les chances des diverses opinions.

A défaut d’une pensée politique ce système électoral a-t-il produit des instrumens administratifs ? Si l’on jugeait les conseils généraux sur l’analyse officielle de leurs votes, on ne concevrait pas une haute opinion de l’institution. Il n’y est question en effet ni des fonds qu’ils ont votés ni de l’attribution de ces fonds ; les documens que publie le ministère de l’intérieur se bornent à indiquer les vœux exprimés par les conseils. Ces vœux embrassent une infinie variété de questions ; bien peu d’assemblées se rencontrent dans les mêmes résultats. Les unes font des représentations sur les dépenses des enfans trouvés, qui vont croissant ; les autres sollicitent la révision de nos tarifs commerciaux ou la réforme de notre code électoral ; celles-ci demandent que l’armée soit employée aux travaux publics ; celles-là réclament des lois d’attributions pour les conseils de la commune et du département ; plusieurs insistent sur la réduction des gros traitemens, sur la réforme des prisons, sur l’amélioration ; des voies de communication.

Il n’y qu’une chose sur laquelle s’accordent tous ces conseils, c’est à solliciter, chacun pour son département, une plus large part au fonds commun, soit pour achever son cadastre, soit pour réparer ses routes, soit pour améliorer le régime de ses rivières ; en sorte que nul ne voudrait payer au-delà de sa part d’impôts, et que pourtant chacun s’efforce d’obtenir, aux dépens de tout le monde, des largesses plus abondantes du Trésor.

A mesure que les conseils généraux prennent de l’expérience, les vœux tiennent moins de place dans leurs délibérations. Dès 1835, tout ce qu’ils ont pu faire par eux-mêmes, ils ne l’ont renvoyé ni aux chambres ni au ministère ; à la manière des assemblées anglaises, ils ont paru animés d’un esprit pratique, et déterminés à donner satisfaction aux intérêts.