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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/731

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que fort rarement déterminé les choix. La dissolution de plusieurs conseils municipaux, prononcée par le ministre, rend son assertion tout au moins suspecte. C’est ainsi que le conseil municipal de Thorigny (Manche) a été suspendu pour avoir fait à M. Odilon Barrot un accueil digne de son caractère et de sa réputation.

La loi s’est proposé l’impossible et l’absurde, en instituant dans chaque commune un conseil municipal. Au lieu d’organiser la cité rurale et de prendre le canton pour unité, elle a voulu que le moindre village eût son assemblée délibérante et qu’il se gouvernât à l’instar d’une cité. Or, les élémens d’une administration manquent dans la plupart des communes rurales ; elles n’ont ni des lumières suffisantes, ni à défendre d’assez puissans intérêts. La loi veut que tout hameau de 500 habitans et au-dessous nomme dix conseillers municipaux ; or, comment trouver une pareille réunion d’hommes capables d’entendre et d’appliquer les lois, lorsqu’il y a tel village où le maire et l’adjoint ne savent ni lire ni signer leur nom ? On pourrait citer telle commune rurale qui n’a pas dix francs de revenu ; cependant cette commune devra s’administrer sur le même principe que la ville de Paris, qui a 50,060,000 de revenu, richesse que n’égaleraient pas les revenus de toutes les communes rurales réunies.

Précisons ces différences par des faits.

Il y a en France 1,093 communes au-dessus de 3,000 habitans, qui doivent élire, tous les trois ans, 13,000 conseillers municipaux. Ces villes ont une population de plus de 7,000,000 d’hommes, le quart de la population totale ; et ce n’est point exagérer que d’admettre qu’elles sont autant de foyers hors desquels les lumières n’étendent guère leurs rayons. On conçoit que les choix y soient faciles et qu’il y ait presque autant d’éligibles que d’électeurs.

Les 36,000 communes au-dessous de 3,000 habitans nomment, à chaque renouvellement triennal, 207,000 conseillers, ce qui suppose un total de 414,000 membres, et dans le nombre plus de 72,000 maires et adjoins. Si l’on réfléchit que le commerce, l’industrie manufacturière et les professions savantes sont presque entièrement concentrés dans les villes, il devient évident que la loi demande aux campagnes plus qu’elles ne peuvent donner, en les appelant à fournir le personnel représentatif de 35,000 assemblées.