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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/725

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et l’industrie de détail jusqu’aux artisans de la parole et aux maîtres de la pensée, s’est déclarée en masse non pas seulement pour le gouvernement établi, mais encore pour le système du juste-milieu ? D’où vient que les élections ont exclu les ennemis de la monarchie, et n’ont admis en majorité que les candidats d’opinion ministérielle, et en minorité ceux de l’opposition modérée ?

C’est que la démocratie parisienne, si l’on considère ses lumières et la grandeur de ses intérêts, est relativement au reste de la France une sorte d’aristocratie. Comme elle n’a pas autant de degrés à monter dans l’échelle sociale, elle met au premier rang les idées d’ordre, et subordonne les idées de liberté. Cette grande ville, que l’on regarde comme l’arsenal des révolutions, est bien plutôt un foyer de résistance. Clairvoyante comme elle est, et placée à l’avant garde de la civilisation, elle tient ferme contre toute oppression, soit que l’oppression se présente sous la forme du despotisme, soit qu’elle affecte celle de l’anarchie.

Ajoutons que la garde nationale de Paris, composée principalement de marchands, de chefs d’atelier, et pour trancher le mot, de boutiquiers, répond complètement à la mission qui lui est départie. Elle comprend un nombre d’hommes de parole et d’hommes de main, assez grand pour donner l’élan dans l’occasion ; elle renferme une telle masse d’intérêts et même d’égoïsmes, qu’il devient impossible de l’entraîner et de la passionner autrement que par la raison. La difficulté de l’émouvoir est proportionnée à son immense responsabilité.


Conseils Municipaux

Après la garde nationale, la plus forte position de la démocratie en France est dans la loi qui organise les municipalités. Ces deux institutions portent la même date ; elles appartiennent à une époque où l’impulsion révolutionnaire de juillet dominait encore le gouvernement, au milieu de la réaction commencée le 13 mars. Le nombre des électeurs créés par la loi municipale égale presque celui des gardes nationaux en activité ; il est, suivant le Rapport au Roi de 2,872,089 citoyens. A ne considérer que la multitude des suffrages, on pourrait croire, que le vice de l’organisation donnée aux communes consiste uniquement dans cette prépondérance excessive que doivent prendre les masses ignorantes sur le petit nombre