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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/702

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« Un des leurs est tombé mort à leurs pieds [1].

« La mère qui l’avait excité, placée à une fenêtre, le vit tomber et jetait les hauts cris [2].

« Partout battu et terrassé, le noble honteux exprime ainsi ses regrets : Ah ! le peuple m’a pris par le côté faible ; aussi m’a-t-il aisément dépouillé de ma gloire.

« Je suis devenu le sujet de ses chansons ; je suis l’objet de ses railleries.

« Il m’a en horreur, il me fuit avec dédain, et il ne craint même pas de me cracher au visage. »


Puis vint la prose, traduite presque entièrement du livre de la Sagesse et de l’Ecclésiaste.


« La nature nous fit tous égaux. Je suis un homme mortel semblable à tous les autres, de la race de cet homme fait de terre ; chair revêtue d’une forme, je suis sorti du ventre de ma mère.

« Je suis né et j’ai respiré l’air commun à tous ; je suis tombé dans la même terre, et je me suis fait entendre d’abord en pleurant comme vous, grands du monde.

« J’ai été enveloppé de langes et de grands soins.

« Car il n’y a point de roi qui soit né autrement ; les nobles orgueilleux agissent comme s’ils étaient d’une race différente, et cependant leur vanité rampe aux plus misérables besoins. »

Le jeune homme lut ensuite l’évangile de la Raison.

« Gloire à vous, père des êtres.

« Dès le commencement du monde, dit le Seigneur, j’ai eu en exécration l’orgueil, et la prière de l’humble m’a été agréable. Je veux effacer la mémoire des superbes de l’esprit des hommes. Je les exterminerai avec une de leurs mâchoires, avec la mâchoire d’un poulain d’ânesse. Cette classe de nobles est sans bon sens, sans sagesse. Ils m’ont attaqué par leur insolence, et le bruit de leur orgueil est monté jusqu’à mes oreilles. Je leur mettrai un cercle au nez et un mors à la bouche, et les faisant rebrousser chemin,

  1. De Boishue.
  2. Une autre dame noble, armée de pistolets et placée aussi à une fenêtre faisait indiquer sur qui elle devait tirer.