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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/672

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était roi de l’Hôtel-Dieu ; c’était de là que chaque matin sa renommée se répandait au dehors, portée par mille voix qui redisaient ses leçons et publiaient ses découvertes.

Après avoir essayé de dépeindre l’homme et de rendre l’impression que l’on ressentait à son aspect, il est temps de rechercher les véritables traits de son talent et de son génie.

M. Dupuytren a fait beaucoup de choses, quoique l’on se plût souvent à dire qu’il ne laisserait rien, parce qu’il écrivait fort peu. — Mais qu’importe qu’il n’ait pas écrit des volumes ? les livres ne sont pas le seul moyen de publier des découvertes et de faire marcher la science ; la chaire d’un professeur est une tribune d’où les vérités sont aussi bien proclamées et recueillies ; toutes les leçons de Dupuytren ont été publiées par ses élèves, et sa pensée a présidé à la composition de plusieurs ouvrages qui ne portent point son nom.

Mais pourtant il est vrai de dire que, parmi tous ses travaux, il n’en est pas d’assez importans pour soutenir à eux seuls l’éclat de sa grande célébrité. M. Dupuytren a beaucoup perfectionné, il a peu inventé ; ou du moins son nom ne se rattache à aucune de ces découvertes capitales qui impriment une nouvelle direction aux sciences, en changent la face, et renversent les vieilles théories. Son génie s’est moins attaché à inventer qu’à modifier, qu’à simplifier. Son admirable bon sens a fait justice d’une foule de méthodes vicieuses ; mais le bon sens n’est pas le génie, et nous devons donc chercher ailleurs la véritable raison de cette supériorité, dont l’histoire ne trouverait pas les preuves, si elle ne considérait que ses travaux écrits.

Trois choses nous frappent surtout en M. Dupuytren et le mettent, à nos yeux, hors de ligne, bien mieux que tous les travaux et les mémoires dont nous donnerons plus loin la liste : 1° sa profonde intelligence, ce que nous pourrions appeler son tact chirurgical, si quelques esprits étroits ne prétendaient faire de ce tact une espèce de sens à part, indépendant de la science et du jugement ; 2° son ardent amour pour l’art, qui n’était peut-être qu’une ardente ambition, mais une noble ambition qui lui a fait, pendant vingt années, remplir ses devoirs avec un zèle inconnu jusqu’à lui ; 3° enfin, sa supériorité dans la chaire du professeur.

Le service chirurgical de l’Hôtel-Dieu a été pendant près de vingt ans, entre les mains de M. Dupuytren, le plus grand, le plus beau,