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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/660

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Une première épreuve, opérée en de telles circonstances, ne prouverait donc rien contre la valeur intrinsèque du système et ses chances éventuelles. Une plus longue habitude de la vie politique, une connaissance plus générale de l’administration, les années plus calmes qui semblent s’étendre devant nous comme le prix des souffrances de nos pères et de nos propres efforts ; enfin, le développement du principe électif, se combinant avec celui des lumières et de la richesse publique, fera-t-il jamais remettre aux corps délibérans des attributions administratives qu’ils sont aujourd’hui aussi incapables que peu jaloux d’exercer ? Question grave, qui ne saurait être incidemment traitée. Nous devons confesser seulement que si le pays paraît attacher un grand prix à surveiller le pouvoir et à contrôler ses actes, il en met peu à l’exercer par lui-même ; et sans nier que des idées analogues à celles de nos voisins ne prévalent un jour parmi nous, il faut reconnaître que ce jour est au moins fort éloigné, et que de tels besoins ne se manifestent pas encore.

Néanmoins, de tous les textes auxquels pourrait se rattacher l’opposition systématique de l’extrême gauche, condamnée à parler sans rien dire, en appuyant des hommes qui la repoussent, celui-là serait, je crois, le plus habile à prendre, le plus facile et le plus abondant à développer. L’organisation provinciale et communale de la Belgique est un thème que gnous recommandons à M. Barrot.

Quand les questions constitutionnelles sont fixées et que le pays semble vouloir enfin s’asseoir dans la position qu’il s’est faite, il faut, à moins de se condamner à une éternelle impuissance, quitter le champ appauvri des débats politiques pour explorer un terrain plus neuf ; se donner la peine d’approfondir les questions extérieures préparées par l’état de l’Europe ; s’attacher à concilier les théories de l’économie sociale avec l’autorité des faits ; susciter graduellement dans le pays des instincts d’activité administrative et d’association ; introduire la morale dans la politique, en faisant de son estime la mesure de son concours : ce programme, sans doute, en vaudrait un autre, et pourrait n’être pas toujours repoussé par la France.

C’est un grand bonheur pour un peuple que de n’avoir pas à faire en un jour l’apprentissage de la liberté. Les Pays-Bas autrichiens se sont élevés de leurs vieilles franchises administratives jusqu’à la liberté politique ; la Prusse poursuit la même carrière, qui fut fermée devant la France par les aveugles préoccupations du pouvoir. L’habitude de faire ses propres affaires sans l’intervention de fonctionnaires étrangers, le gouvernement local par les hommes de la localité, tel est donc le principe de la nationalité belge, son moyen le plus fécond de développement. Il faut que ce pays se prépare une génération d’administrateurs intègres