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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/621

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LES MONTONEROS




Depuis plusieurs jours le calme semblait rétabli dans Cordova ; mais ces révolutions qui se forment, éclatent et passent avec la rapidité de l’orage, laissent à travers les campagnes des traces plus profondes. Semblables à l’Océan, ces vastes plaines sont longues à se calmer, et une fois que le cri de discorde a été entendu, les bandes armées se soulèvent de proche en proche jusqu’aux extrémités d’une province. Les montoneros ou rebelles, repoussés par des forces supérieures, s’étaient retirés vers la ville du Rio Cuarto ; puis abandonnés successivement par les chefs qui d’abord s’étaient prononcés pour eux, ils furent réduits à se jeter dans les montagnes pour y continuer avec moins de désavantage la guerre de partisans. Ce n’était donc plus désormais une question qui intéressât les habitans de la ville, et les timides bourgeois se hasardaient à entr’ouvrir leurs portes, à causer à voix basse sous les saules de la promenade ; les chariots de l’intérieur, chargés de marchandises, criaient sur leurs essieux de bois, et on entendait de nouveau les guitares résonner la nuit aux angles de la grande place.

Il était temps de poursuivre notre voyage vers les Andes. C’était précisément la route qu’avaient prise les deux armées, et nous devions finir par rencontrer l’une ou l’autre ; en outre les bandes indisciplinées laissent à leur suite des déserteurs, des traînards,