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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/616

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de la civilisation, soumis et dociles à leur berceau, trouveront nécessairement leur indépendance dans leur entier développement. Hâtons-nous donc de suppléer à ce qui peut nous échapper plus tard. Voici une vaste colonie sans esclaves qui s’offre à nous ; sans esclaves, entendez-vous ? Là, nous n’avons besoin ni d’avilir, ni de tourmenter l’humanité. Là, le rotin du planteur ne frappera pas l’esclave devant la canne à sucre. Non, sur la terre d’Afrique tout peut se passer noblement ; des hommes libres cultiveront la terre, les colons français et européens vivront par le travail sous la protection de nos armes, et la nouvelle colonie fera fleurir trois des plus nobles choses humaines, la liberté, l’agriculture et la guerre.

La conservation d’Alger est si nécessaire et si juste, que tous les intérêts, les plus particuliers comme les plus généraux, s’y rencontrent. C’est ainsi que les convenances du midi de la France s’accordent avec celles de la France entière et de l’Europe ; et il faut saisir avec un habile empressement cette occasion de verser d’abondans bienfaits sur cette belle partie de notre empire. Il reste encore, dans le midi de la France, des regrets qui s’attachent non seulement à la restauration, mais à l’ancienne monarchie renversée il y a bientôt cinquante ans ; l’organisation politique fondée par la révolution blesse encore quelques habitudes et quelques souvenirs. Toujours le midi de la France a eu quelque peine à s’isoler du centre ; et depuis les temps les plus reculés, où le pape et le roi de France étaient obligés de ramener violemment Toulouse à l’obéissance envers Rome et Paris, Henri IV, Richelieu, la révolution, l’empire, ont tour à tour éprouvé des résistances instinctives, qui durent disparaître, au reste, devant l’ascendant d’un pouvoir national. Voilà pourquoi il doit entrer dans les desseins d’un gouvernement sorti des principes nouveaux, et si l’on veut révolutionnaires, de répandre sur le midi de la France les trésors d’un commerce immense, et de montrer à ces populations généreuses ce que peuvent devoir les intérêts les plus positifs à la politique de l’unité et de l’intelligence moderne.

Il y a dans la conquête et la conservation d’Alger un précieux mélange de grandeur et d’utilité, de poésie et de raison. On a beaucoup, dans ces derniers temps, disserté sur l’Orient ; on a fait des projets de partage du monde ; les uns se sont hâtés d’abandonner