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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/573

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en rectifiant par l’art ce que la configuration du nouvel état offre de défectueux ; enfin recommander la Belgique à l’Europe par l’une de ces entreprises d’avenir à laquelle tout un peuple s’associe, telles furent les considérations développées par le ministère pour triompher des intérêts locaux, hostiles à un tracé qui les laissait en dehors des grandes lignes de circulation.

Les députés du Hainaut protestèrent avec énergie au nom de leur province menacée de perdre un marché important. Les uns contestèrent l’utilité du projet[1], en élevant des doutes sur l’adhésion de la Prusse, et en établissant, objection plus plausible, que le premier effet du prolongement du chemin de fer belge sur le territoire allemand, s’il avait lieu, serait l’établissement par la Hollande d’une route rivale le long du Rhin et de la Meuse pour communiquer de Rotterdam à Cologne. D’autres, pour ne pas perdre de vieilles habitudes, menacèrent du courroux populaire[2], déclarant que si le gouvernement fermait l’oreille aux justes plaintes du Hainaut, cette province se lèverait bientôt tout entière pour lui faire entendre le langage de la force. Mais le Hainaut, plus patriote que son représentant ; resta calme, et obtint par amendement des concessions importantes. On dut insérer dans la loi l’engagement de réduire le péage sur les canaux de cette province au taux fixé pour le chemin de fer[3].

La Belgique recueillera en peu d’années les fruits d’une loi destinée à faire entrer ce pays dans des voies où aucune nation ne s’est encore aussi sérieusement engagée. L’imagination humaine n’ose embrasser la conséquence de ces grands changemens. Il semble qu’on assiste, en ce siècle, à l’un de ces grands cataclysmes où toute une création s’abîme, et que nos enfans soient appelés à voir s’élever un monde nouveau dans d’autres conditions d’existence.

Les terrassemens du chemin de fer, auxquels la configuration du sol belge prête de si grandes facilités, sont à peu près terminés jusqu’à

  1. Session de 1834. M. de Puydt.
  2. M, Gendebien.
  3. En ce moment où l’opinion publique se préoccupe vivement, en France, des questions nombreuses qui se rapportent aux chemins de fer, on y lirait avec fruit les recherches publiées à Bruxelles par MM. les ingénieurs Simons et de Ridder, sur la route dont ils ont fixé le tracé, et les travaux économiques dus à M. de Pouhon. Cet écrivain s’est attaché à concilier le système de concessions à compagnie et celui d’exécution aux frais de l’état, adopté, après une longue discussion, par les chambres belges, en proposant un mode intermédiaire qui pourrait s’appliquer utilement chez nous.