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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/547

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fait une vue si perçante, lui a donné pour la plainte et pour la bénédiction, pour la prière et pour In menace, une voix abondante et sonore qui trahit imprudemment toutes ses angoisses. Les abus du monde lui arrachent des cris de détresse ; le spectacle de l’hypocrisie brûle ses yeux d’un fer rouge ; les souffrances de l’opprimé allument son courage ; des sympathies audacieuses bouillonnent dans son sein. Le poète élève la voix et dit aux hommes des vérités qui les irritent.

Alors toute cette race immonde qui se met à l’abri d’un faux respect des lois, pour satisfaire ses vices dans l’ombre, ramasse les pierres du chemin pour lapider l’homme de vérité. Les scribes et les pharisiens (race éternellement puissante) préparent les fouets, la couronne d’épines et le roseau, sceptre dérisoire que la main sanglante du Christ a légué à toutes les victimes de la persécution. La plèbe aveugle et stupide immole les martyrs pour le seul plaisir de contempler la souffrance. Jésus sur la croix n’est pour elle autre chose que le spectacle énergique d’un homme aux prises avec une terrible agonie.

Il est vrai que du sein de cet abîme de turpitudes sortent quelques justes qui osent approcher du gibet et laver les plaies du patient avec leurs larmes. Il est aussi des hommes faibles et sincères, souvent terrassés par la corruption du siècle, mais souvent relevés par une foi pieuse, qui viennent répandre sur ses pieds brisés le parfum expiatoire. Ceux-ci apportent des consolations à la victime ; les premiers préparent la récompense. La nuée s’entrouvre, l’ange de la mort touche de son doigt de feu le front incliné de l’homme qui va s’éveiller ange à son tour. Déjà les harpes célestes épandent sur lui leurs vagues harmonies. La colombe aux pieds d’or semble voltiger sous la coupole ardente des cieux... Rêves de spiritualiste, avenir de croyant, idéal de Socrate, promesses du fils de Marie! vous êtes le beau côté de la destinée du poète ; vous êtes l’encens et la myrrhe qu’il faut à ses blessures ; vous êtes la couronne de son long martyre. C’est pourquoi le poète doit vous avoir sans cesse devant les yeux, lorsqu’il s’expose à la persécution. C’est pourquoi il doit vivre et travailler seul, sans jamais entrer de fait ou d’intention dans le tumulte du monde…….