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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/53

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— Si je la connais ? je crois bien, elle a donné plus de tourment à mon cousin Pierre qu’elle n’est grosse ; elle va toujours ?

— Mais, oui, quand je n’oublie pas de la remonter.

— Eh bien ! j’en avais une aussi, moi ; oh ! mais, qui en faisait quatre comme celle-là, une montre de Genève ; un jour que j’étais en ribotte, je lui ai donné un tour de clé de trop, ça a décroché le grand ressort ; je l’ai portée, sans rien dire à ma femme, au maréchal-ferrant de Chamouny, qu’est adroit comme un singe, il fait des tourne-broches ; eh bien ! c’est égal, elle n’a jamais été fameuse depuis.

— Eh ! qu’est-ce qui vous amène à Paris, mon bon Payot ?

— À Paris, ah ! bah ! je viens de Londres.

— De Londres ! et que diable avez-vous été faire à Londres ?

— Il faut d’abord vous dire qu’il est venu l’année dernière, derrière vous, un Anglais à Chamouny ; il en vient un sort, vous savez ; tant mieux pour le village, parce qu’ils paient bien. Ce n’est pas que les Français ne paient pas, oh ! ils paient aussi ; c’est le même prix pour tout le monde d’ailleurs ; mais nous aimons mieux les Français, nous autres, ils parlent savoyard ; si bien qu’il est venu et qu’il a fait la même tournée que vous, si ce n’est qu’il a été au Jardin, où vous n’avez pas voulu aller, vous, et vous avez eu tort, parce que quand on y a été, on peut dire : J’y ai été ; si bien qu’il me dit : Quelle est la dernière personne que vous avez menée ? — Ah ! ma foi, je lui dis, c’est un bon garçon ; je vous demande pardon, monsieur, vous n’étiez pas là ; moi, j’ai dit ce que je pensais ; d’ailleurs vous savez comme tout le monde vous aime chez nous. Voilà ses certificats, vous vous rappelez que vous m’en avez donné trois, un en anglais, un en italien, et un en français.

— Oui, très bien.

— Oh ! mais, voilà la farce, vous allez voir ; si bien qu’il me dit : Si tu veux me donner un de ces certificats-là pour 20 francs, je te l’achète.

— Est-ce que vous voulez vous faire guide ? que je lui dis, c’est un vilain métier ; allez, vaut mieux être milord. — Non, qu’il me répond, mais je fais une collection d’ortographes. — Oh ! quant à l’ortographe, elle y est, c’est d’un auteur ; si bien qu’il me tire les 20 francs de sa poche. Je les prends, moi ; j’ai bien fait, n’est-ce pas ? ça ne valait pas plus de 20 francs ce chiffon de papier ?