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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/509

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des sculpteurs de l’arc de triomphe de l’Étoile. — Un nouvel éclat allait jaillir sur Paris et sur la France, grace à ces immenses travaux ; la paix publique, le calme, avaient été achetés par ces 100,000,000 fr. destinés aux ouvriers et aux artistes, que M. Thiers avait eu l’audacieuse idée de demander à la chambre ; — et tout cela, pour arriver au rapport de M. Jaubert ! En cette circonstance, les doctrinaires ont outrepassé tout ce qui a été dit sur les sentimens variables des partis : du Colbert, du Richelieu, qu’ils avaient prôné, ils se sont trop hâtés, en vérité, de nous faire un Fouquet.

Si, dans son rapport et surtout par les conclusions qu’il en tire, la main de M. Jaubert ne s’attaquait qu’à M. Thiers, nous laisserions M. Thiers se défendre contre M. Jaubert, comme il l’a déjà fait, sans doute, à l’heure où nous écrivons ; mais l’auteur de ce rapport enveloppe à la fois le ministre et l’art dans la proscription ; ce sont des monumens d’artistes, ouvrages que nous chérissons parce qu’ils sont pleins d’ame et de talent, que condamne M. Jaubert ; ne pouvant frapper sur M. Thiers, c’est sur des églises et des façades, sur des peintures et des statues bien innocentes, que se portent ses coups. Et puisqu’il s’agit de choses que nous avons mission toute spéciale de défendre, puisque c’est de l’art, des lettres par conséquent, de nous enfin qu’il est question, nous invoquerons humblement l’indulgence et la miséricorde de M. Jaubert, nous lui demandons grace, sinon pour la statue de la Liberté qui doit surmonter le monument de juillet, du moins pour la Madeleine, pour Sainte-Geneviève, pour les serres paisibles du Jardin-des-Plantes et pour le Collège de France, où l’on n’enseigne pas l’éloquence politique

La question pour nous est moins de savoir si, à l’époque où le gouvernement demanda ce crédit, il ne s’agissait pas plus de la tranquillité publique du pays, cruellement troublé et par les passions politiques et par l’oisiveté et par la misère des ouvriers et des artistes, que de l’achèvement des monumens commencés par Napoléon. Cependant, en plusieurs circonstances, M. Guizot donna ce motif à la chambre. Assurément ce serait un mauvais moyen de défense pour M. Thiers, contre ses anciens amis, qui seraient aussi ses anciens complices, s’il avait gaspillé ce crédit en folles dépenses, comme l’insinue, en termes très clairs, M. Jaubert. Aussi M. Thiers ne l’a-t-il jamais employé. Quand, le 9 avril 1833, il vint à la chambre demander un crédit de 100,000,000 fr., pour activer et entreprendre de nouveaux travaux publics, M. Thiers disait : « Tous les gouvernemens qui se sont succédé depuis quarante ans ont été plus soucieux d’entreprendre des travaux qui leur fussent propres, que d’achever les travaux commencés ; ils n’ont laissé que de vastes échafaudages sur nos places publiques, et des lits de canaux restés à sec sur la surface de nos campagnes. » Sur cet exposé, la chambre vota le crédit. La commission chargée d’examiner le projet proposa même, pour que l’œuvre fût complète, de porter le crédit à 119,500,000 francs. C’étaient 15,000,000 fr. de plus que ne demande M. de Montalivet, pour achever ces immenses travaux. Mais M Jaubert est de l’avis de ces gouvernans dont parlait M. Thiers, qui couvrent le pays d’échafaudages éternels, et dont la chambre