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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/501

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dans son berceau avec les jouets qu’on lui apporte ; tantôt sa mère qui lui prépare un bain, et saint Joseph qui cause avec son âne. Admirable naïveté de ces esprits du moyen-âge qui, pour se rapprocher plus près de Dieu, le mesuraient à leur taille, et se l’assimilaient en quelque sorte en lui prêtant leurs souffrances et leur histoire.

Un des chants qui expriment le mieux tout ce caractère de mysticisme que nous avons essayé de dépeindre est celui qui a pour titre : La Fille du sultan. Il a été, à une certaine époque, très populaire, car il existe dans toutes les contrées du nord, et on ne nous saura peut-être pas mauvais gré de le reproduire ici en entier.

« Ecoutez, vous tous qui êtes pleins d’amour, je vais vous chanter un chant d’amour et de concorde, un chant de grandes et belles choses. Une fille de sultan élevée dans une terre païenne s’en alla un jour au lever de l’aurore le long du parc et du jardin.

« Elle cueillait les fleurs de toutes sortes qui brillaient sous ses yeux ; et se disait : Qui donc a pu faire ces fleurs, et découper avec tant de grace leurs jolies petites feuilles ? Oh ! je voudrais bien le voir.

« Je l’aime déjà du fond du cœur. Si je savais où le trouver, je quitterais le royaume de mon père pour le suivre. Et à minuit, voici Jésus qui arrive, et qui s’écrie : Jeune fille, ouvrez ! Elle se lève sur son lit et accourt en toute hâte.

« Elle ouvre la fenêtre et aperçoit le bon Jésus resplendissant de beauté. Elle le regarde avec tendresse, puis s’inclinant devant lui : D’où venez-vous donc, dit-elle, ô noble et majestueux jeune homme ?

« Quel est le cœur qui pour vous ne s’enflammerait pas ? car vous êtes si beau ! -Et moi, jeune fille, je te connais, je connais ton amour, apprends donc qui je suis : c’est moi qui ai créé les fleurs.

— Est-ce bien vous, mon puissant Seigneur, mon amour, mon bien-aimé ? Combien de temps je vous ai cherché ! et maintenant que vous voilà, il n’y a plus rien qui m’arrête. Avec vous je m’en irai. Que votre belle main me conduise là où il vous plaira.

— Jeune fille, si vous voulez me suivre, il faut tout abandonner, votre père, vos richesses et votre beau palais. -Votre beauté m’est plus précieuse que tout cela. C’est vous que j’ai choisi ; c’est vous que j’aime. Il n’y a rien sur la terre d’aussi beau que vous.

« Laissez-moi donc vous suivre où vous voudrez. Mon cœur m’ordonne de vous chérir et je veux être à vous. — Il prit la jeune fille par la main. Elle quitta cette contrée païenne, et ils s’en allèrent ensemble à travers les champs et les prairies.

« Le long du chemin ils s’entretenaient avec gaieté l’un l’autre, et la jeune fille lui demanda son nom. — Mon nom, dit-il, est merveilleux.