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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/492

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POESIE POPULAIRE


DE


LA HOLLANDE




Il est un pays, resserré dans des limites étroites, qui a rivalisé de puissance avec l’Espagne de Philippe II et la France de Louis XIV, un pays de deux millions d’habitans qui a envoyé ses navires de par le monde entier ; un pays d’art qui a fait école ; un pays de science qui a eu des universités célèbres, des noms illustrés par de grands travaux. Aujourd’hui, ce pays est à demi oublié. La république des stathouders, en se pliant au régime constitutionnel, semble avoir perdu sa mâle énergie. L’uniforme mesure des temps modernes a passé sur elle ; comme un autre Samson, elle a courbé la tête et s’est laissé couper ses longs cheveux. Sa marine a cédé le sceptre à l’Angleterre, ses universités de Leyde et d’Utrecht ont pâli devant celles d’Allemagne, et sa littérature n’occupe parmi nous qu’une place secondaire. Qui l’aurait dit ? Cette nation jadis si fière et si opiniâtre dans ses résolutions, cette patrie des réformateurs, des hommes d’état, des Guillaume d’Orange et des Barnewelt, cette riche Hollande que la main de fer du duc d’Albe ne put dompter, et que la volonté du grand roi ne put assouplir, cette Hollande est devenue la victime du contre-coup de la révolution parisienne. Elle a été mutilée par les trois jours d’orage de Bruxelles, affichée dans les protocoles, et traînée à la barre des cours d’Europe.

Et cependant, qu’on ne se hâte pas de la juger d’après les échecs qu’elle a reçus et les plaies toutes saignantes qu’elle porte sur les bras. Le vieux