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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/482

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questions philantropiques dont il s’était fait le soutien, pendant, le temps de la restauration. Dans ce premier ministère qui se passa en longues querelles sur l’origine, la nature, les résultats et le but de la révolution de juillet, M. de Broglie s’abandonna à l’impulsion que donnait M. Guizot à son parti. Des émeutes avaient eu lieu à l’occasion de la proposition de M. de Tracy pour l’abolition de la peine de mort. Le peuple de Paris voulait la peine de mort, il lui fallait sa guillotine, à ce bon peuple, il lui fallait l’échafaud avec l’espoir d’y voir monter les ministres de Charles X ! Le gouvernement avait résisté à l’émeute, comme c’était son devoir ; mais en même temps, il avait été obligé de déclarer, dans le Moniteur, que l’abolition universelle et immédiate de la peine de mort n’était pas possible, et qu’il avait résolu d’ajourner la proposition. Aujourd’hui que cette proposition serait sans péril, la philantropie de M. le duc de Broglie ne s’est pas encore réveillée de l’engourdissement où l’émeute l’avait plongée.

Le ministère de M. Laffitte se forma. M. Guizot reprit sa place de député, et M. de Broglie rentra dans la chambre des pairs. L’un et l’autre combattirent le ministère de M. Laffitte, et M. Guizot, que sa position sociale moins éminente et aussi son caractère portaient à être moins réservé et plus actif, entama avec M. Odilon Barrot cette lutte mémorable qui ne se termina pas à l’avènement, du ministère de M. Périer. M. de Broglie, et M. Guizot surtout, soutinrent ce ministère. C’est alors, c’est dans le cabinet de Casimir Périer où ils aidaient le ministre de leur plume, comme ils l’aidaient de leur parole à la tribune, que se prépara l’alliance de M. Thiers et de M. Guizot. On m’a dit, et je ne sais si le fait est exact, que M. Périer eut souvent à lutter contre M. Guizot, qui ne trouvait pas dans la légalité des armes assez puissantes contre les efforts des partis. Casimir Périer, et je vous ai déjà dit cela aussi, monsieur, Casimir Périer avait un autre principe. Il disait, de ce ton durement railleur qui lui était propre, qu’il fallait être bien maladroit pour ne pas trouver toutes les armes possibles, arbitraires ou non, dans les quarante mille lois qui existent. — Mais. M. Guizot n’était pas de cet avis (on l’a vu depuis), non plus que M. de Broglie. Enfin, le 11 octobre 1832, Casimir Périer étant mort, M. le duc de Broglie entra pour la première fois au ministère