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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/471

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laisser passer la tempête. Napoléon écoutait la Russie, il écoutait l’Autriche ; il ne portait pas la main sur la garde de son épée quand M. de Metternich lui dictait pour conditions la dissolution du duché de Varsovie, le rétablissement des villes anséatiques, l’abandon des provinces illyriennes, la nomination au protectorat de la confédération du Rhin ; quand, en un mot, l’Autriche proposait à peu près les traités de 1815. Et pour mieux exposer sa pensée, pour la rendre plus souple, plus liante, pour diminuer tout ce qu’avait en soi d’impérieux, d’altier et d’incommode aux autres, le titre de plénipotentiaire de l’empereur Napoléon, il en avait revêtu le comte de Narbonne, l’homme le plus aimable et le plus séduisant, le plus insinuant, le plus facile à vivre qui fût dans son empire ; courtisan de l’ancien régime, qui avait bravement versé son sang dans les batailles de l’empire ; soldat d’Austerlitz et de Wagram, ambré, poudré et dameret, même au bivouac et dans les neiges de la Russie. C’était là l’homme sous lequel le jeune duc de Broglie allait faire son apprentissage de futur ministre des affaires étrangères.

M. de Broglie n’apprit pas plus de M. de Narbonne à se faire souple et facile, qu’il n’avait appris du maréchal de Broglie à commander des soldats. L’exemple de Napoléon dans les champs de Wagram n’avait pas fait de M. de Broglie un officier ; l’exemple de Napoléon dans les négociations de Dresde et de Prague ne fit pas de lui un diplomate. M. de Broglie garda ses idées natives, cette sorte de rudesse et de raideur, qui est la seule chose qu’il tienne de cette grande race militaire d’où il est descendu, cette pensée inflexible qui est la seule épée qu’il ait jamais tenue en ses mains, mais dont il se sert d’une manière impitoyable. Il revint en France en 1813, sans avoir rien appris du monde et des hommes mais les diverses missions qu’il avait remplies parmi tant de nations différentes, mais aussi sans avoir rien perdu de sa droiture et de sa probité, qui sont ce qu’il y a de plus inébranlable en lui, après ses opinions et ses systèmes.

M. de Broglie monta rapidement au rang qui lui était destiné. En 1814, il devint pair de France, l’un des plus jeunes membres de cette assemblée. Il n’avait pas encore atteint l’âge pour prendre part aux délibérations, et il fut, pendant cette année, auditeur à la chambre des pairs, comme il avait été, sous l’empire, auditeur au conseil d’état. La vie politique de M. le duc de Broglie ne commença