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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/461

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La troupe, de plaisir, s’écrie
Sans regarder la fin du jeu.
Courant à si longue haleinée,
Ils n’ont pas vu la Destinée
Se tapir au ravin profond.
Oh ! dites-leur la suite amère,
Lot de tout être né de mère ;
Homme, dites-leur ce qu’ils sont !

Faut-il en effet vous le dire,
Enfans ? faut-il les dénombrer
Ces maux, ces vautours de délire
Que chaque cœur sait engendrer ?
Notre enfance aussitôt passée,
Au seuil l’injustice glacée
Fait révolter un jeune sang ;
Refus muet, dédain suprême,
Puis l’aigreur qu’en marchant on sème,
Hélas ! que peut-être on ressent !

……

Chacun souffre ; un cri lamentable
Dit partout l’homme malheureux,
L’homme de bien pour son semblable,
Et les égoïstes pour eux.
Ce fruit aride des années,
Qu’à nos seules tempes fanées
Un œil jaloux découvrirait ;
Ce fond de misère et de cendre,
Enfans, faut-il donc vous l’apprendre ?
En faut-il garder le secret ?

Le bonheur s’enfuit assez vite,
Le mal assez tôt est venu ;
S’il est vrai que nuli ne l’évite,
Assez tôt vous l’aurez connu.
Jouez, jouez, Ames écloses,
Croyez au sourire des choses
Qu’un matin d’or vient empourprer !
Dans l’avenir à tort on creuse ;
Quand la sagesse est douloureuse,
Il est plus sage d’ignorer.