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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/435

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fort chère ; un document authentique l’établit, et la Belgique l’éprouve [1].

Cet édifice s’est abîmé presque sans résistance dans le gouffre sans cesse ouvert sous ses fondemens. L’œuvre de la diplomatie a disparu, presque sans laisser de traces, et l’Europe a compris qu’en présence des bouleversemens qui la menacent, il pouvait être utile à ses intérêts de consulter la nature, de l’aider même à revivre là où elle semblait éteinte.

Nous savons la large part qu’il faut attribuer, dans le mouvement de septembre, à l’influence française et au contre-coup de juillet. Nous ne pensons pas que tous ceux qui arborèrent les couleurs brabançonnes au sortir du théâtre où l’insurrection poussa son premier cri, que ceux même dont les cendres reposent sur la place des Martyrs, au pied du lion belge et de la croix, fussent dévoués de cœur et d’ame à la cause des Egmont, des Anneessens et des Vandernoot. Un grand nombre désiraient la réunion à la France révolutionnée, la plupart s’abandonnaient à l’entraînement de théories d’autant plus puissantes qu’elles sont plus vagues ; mais les révolutions appartiennent moins à ceux qui en sont les instrumens, qu’à ceux qui les acceptent et les consacrent, en dégageant du milieu de leurs confus élémens l’idée-mère qui en fait la force et l’avenir.

Le mouvement de septembre, commencé par un libéralisme cosmopolite, entra promptement dans une voie plus précise et mieux définie. Toutes les forces de la société lui sont venues en aide : le clergé, qui, dans les Flandres et la Campine, bénissait les gardes civiques et poussait les populations en masse aux scrutins électoraux ; la bourgeoisie, qui presque entière a conservé dans ce pays les mœurs religieuses et libres des cités municipales ; les classes lettrées, qui ont fourni à la révolution belge ses négociateurs et ses premiers gouvernans ; la noblesse, accourue du fond des provinces ou de la terre étrangère pour prendre part au péril, et qui, dans Frédéric de Mérode, a donné à la Belgique le premier héros de son indépendance reconquise.

  1. La conférence de Londres a fixé, sur des bases certaines, à 10,100,000 florins de rente annuelle, dont moitié à la charge de la Belgique, l’intérêt de la dette contractée par le royaume-uni des Pays-Bas depuis sa fondation jusqu’à la dissolution de la communauté. C’est un capital de près de 500,000,000 de francs, consommé en quinze ans de paix, sans invasion, sans expédition d’Espagne et de Morée, sans indemnité des émigrés, etc. S’il s’est fait beaucoup de choses dans ce pays, on voit donc que ce n’est pas d’une manière économique. Le principal mobile de la prospérité des Pays-Bas a été la Société générale pour favoriser l’industrie. Le sort de ce grand établissement, création personnelle du roi Guillaume, n’est pas encore fixé dans ses rapports avec l’état, dont il était le banquier et le trésorier-général.