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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/432

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ne l’établissent. La Charte de 1814 rencontrait en France tant d’inextricables difficultés pour concilier les deux principes politiques qui se partageaient le pays et qu’elle avait tenté de résumer en elle-même, qu’il était manifeste, dès l’origine, pour tous les esprits prévoyans, que la monarchie constitutionnelle aboutirait au triomphe de la souveraineté parlementaire ou à la proclamation de l’omnipotence royale. La loi fondamentale des Pays-Bas consacrait un antagonisme d’une nature plus redoutable encore. Diviser le royaume en deux zones, et ne donner à chacune d’elles qu’un nombre égal de représentans, malgré une différence numérique d’environ un tiers dans la population, c’était constater légalement l’opposition des intérêts et des sympathies ; et, l’équilibre parfait étant impossible, par l’effet de l’influence ministérielle qui s’exercerait non dans un sens de parti, comme en France, mais dans un sens de nationalité, il fallait que les provinces méridionales, par l’ascendant du nombre, l’emportassent sur les provinces du nord, ou que la Hollande, par l’ascendant d’une expérience incontestée, l’emportât sur la Belgique. Entre deux doctrines, inconciliables, Charles X tenta de faire prédominer ses convictions personnelles ; entre deux peuples inquiets et jaloux, Un prince de la maison de Nassau se ressouvint de son origine ; n’ayant pu amener cet amalgame qu’il est plus facile de proclamer dans des traités que d’obtenir dans la pratique des affaires, il aima mieux rester Hollandais que de se faire Belge ; et l’attachement de sa vieille Neerlande l’honore et le grandit sur sa moitié de trône.

Ce n’est pas l’inhabileté de Guillaume et de ses ministres qui a conduit les choses au point où elles se trouvèrent amenées par le fameux message du 11 décembre 1829, ce programme d’une révolution déjà consommée dans les intelligences. Le message hollandais fulminé contre la presse proclamait les droits de la souveraineté royale dans un esprit analogue à celui du préambule des ordonnances de juillet, et révélait une doctrine qui ne pouvait manquer de se produire, à mesure que les obstacles grandiraient sous les pas du pouvoir.

Nous ne nous proposons pas de retracer les griefs connus, sur lesquels les défenseurs de la révolution belge se sont attachés à établir sa légitimité devant l’Europe. Il nous suffit d’être remonté au vice primordial de cet établissement constitutionnel où, selon l’observation d’un homme d’état, anglais, « l’opposition ne comprenait le ministère que le lendemain matin, en lisant ses discours traduits dans les journaux [1]. »

Nous accorderons aux apologistes du royaume des Pays-Bas que beaucoup de griefs ont été exagérés, que plusieurs des chiffres cités dans les

  1. Lord John Russel’s letters on foreign politics.