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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/400

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fondation de Troie. Ils n’en connaissent que la chûte. Le vieux rhapsode ne sort pas du berceau du monde. Il est déjà assis sur des ruines.

Pour mesurer les temps qui l’ont précédé, il suffirait de considérer ses dieux. Ce n’est point en un jour, en effet, que son Jupiter Olympien est sorti ainsi tout armé des croyances du monde. Qui pourrait, dire ce qu’il a fallu d’années pour que sa Vénus surgît des eaux, et que l’univers lui nouât sa ceinture ? Par combien de transformations n’ont pas passé ces dieux ténébreux de l’époque de Saturne, avant de venir à sourire sur le seuil de leurs temples de marbre ! Chacun d’eux est une statue lentement taillée dans le bloc grossier des croyances primitives. Que de peuples artistes ont lentement travaillé dans ce grand atelier des temps héroïques, avant que la croyance fût complète, et que chaque divinité fût dressée sur sa base ! Pour apparaître d’abord dans la splendeur de son œuvre, la Grèce a brisé ses ébauches.

Homère est déjà loin des croyances antiques. Son Olympe n’est plus l’Olympe des vieux jours, et voilà sans doute pourquoi Platon, le tenait pour un corrupteur du dogme religieux. Parmi les modernes, celui qui l’explique le mieux est Raphaël. Lui aussi abandonna la tradition. Il renonça ouvertement à peindre les vierges bysantines telles que l’art sacerdotal du moyen-âge les avait long-temps conservées. Il se fit un ciel nouveau, peuplé des images des jeunes filles de Foligno, de Sienne et de Pérouge. De même, Homère et ceux qui l’ont précédé changèrent la nature et l’aspect des dieux du passé. Ils leur donnèrent, quelle que fût leur origine, le profil du génie grec. Ils les couvrirent de la pourpre des rois d’Argos et d’Orchomène. C’était là de l’hérésie ; mais cette hérésie allait devenir la foi de l’avenir. Orphée était remplacé par Homère, le prêtre par l’artiste.

On a prodigieusement disputé dans ces derniers temps sur la forme et le sens de cette ancienne orthodoxie du paganisme grec avant Homère. D’où sortaient ces dieux ? du sol de la Grèce, ou du sol de l’Orient ? On a attribué à ces prêtres du passé une science profonde, cachée sous des symboles. Il est permis de croire que l’on a transporté au berceau des religions ce qui ne se rencontre guère que sur leur déclin. Les premiers prêtres furent certainement les premiers croyans ; et quand ils firent cette distinction