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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/387

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l’assemblée nationale, dit-il, Péthion, Robespierre, puis M. de Sillery, qui a voulu en être, et ses confrères journalistes Brissot et Mercier, et quand on pense que Camille et sa femme, et Brissot et Péthion et Sillery, tous, seront tués dans deux ans par cet autre témoin et convive Robespierre, et que Mercier, emprisonné par lui, sera seulement sauvé par le 9 thermidor, on acquiert sur la moralité de cette hyène politique une conviction irrésistible, que nulle philosophie de l’histoire, si transcendante qu’elle soit, ne peut réfuter. Quant à la moralité, à l’amabilité du caractère de Camille, elles gagnent à cette publication de lettres : confiant, généreux, étourdi, entraîné outre mesure, mais sensible ; sans système politique, mais plein de saillie et de verve ; tel on le voit, le même à la veille du 14 juillet, comme au lendemain du 10 août, comme du temps du vieux Cordelier. Sa grande faute, sa faiblesse vraiment coupable, fut d’avoir abandonné à la hache ses anciens amis Brissot, Sillery, les Girondins ; mais il expia cette faiblesse par des protestations tardives de clémence et par sa mort.


— Sous le titre de Fleurs de Midi, une jeune femme poète, Mme Louise Collet, vient de publier[1] un recueil de poésies, la plupart composées dans une solitude de Provence, dans un désert, dit-elle, triste en hiver comme un steppe de Pologne et dévoré en été par un soleil d’Afrique. Tous les vœux d’enthousiasme et d’infini, se prenant tour à tour aux vastes scènes de la nature, aux cités célèbres qu’on rêve et qu’on voudrait visiter, aux illustres poètes qu’on voudrait connaître de près et dont la gloire dévore et poursuit, sont les sujets habituels d’inspiration de cette muse qui ne manque ni de force, ni d’audace :

Vois-tu la jeune vierge à l’ame véhémente
Qui se meurt chaque jour du mal qui la tourmente ?
La vois-tu, mendiant comme un trésor divin,
Un cœur qui la comprenne, etc.

Le talent de Mme Collet appartient bien en effet à cette vierge à l’ame véhémente ; de beaux vers adressés à MM. de Chateaubriand et de Lamartine, attestent une intelligence grave et retentissent presque d’un mâle accent. D’autres morceaux font preuve de grace ; mais ce qui manque le plus, c’est une certaine mollesse. La forme métrique a de la sévérité en général et même de l’habileté, sauf quelque raideur. Le style a des taches de prosaïsme et d’incorrection. Les sentimens exprimés, toujours élevés et grandioses, font honneur à cette jeune ame si sérieuse déjà et noblement

  1. Dumont, Palais-Royal.