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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/385

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REVUE LITTERAIRE




Visions et Réalités, ou l’Entrée de la Vie, par H. Spiegel[1], est un livre philosophique sous forme de roman, et qui se distingue par une moralité élevée et par une foule d’observations fines et senties, de tant d’autres ouvrages du même genre qu’on publie chaque jour. L’auteur, qui annonce que ce premier ouvrage n’est qu’une introduction au tableau général qu’il compte donner de la vie humaine telle qu’il l’entend, a choisi pour époque de son sujet fictif la révolution anglaise de 1643. Dans la petite ville ce Kingston Hull vivent deux jeunes filles dont l’enfance se passe et se développe au milieu des discussions religieuses et politiques. Savantes comme les femmes l’étaient souvent alors, Marthe et Marie ont des différences de caractère qui répondent assez à leur nom ; Marthe plus positive d’esprit et plus sévère, Marie plus romanesque, plus mystique, mariant la mythologie grecque à la Bible et les fantaisies d’Homère aux syndérèses chrétiennes. Marthe meurt bientôt, et Marie, que rien ne retient plus, s’abandonne aux instincts extraordinaires qui se développent en elle et devient prophétesse. Sa rencontre, sa liaison de cœur avec le colonel Edward Markam, esprit supérieur, noble et chevaleresque, mais ironique et incrédule, forme le fond du roman dans lequel se détachent plusieurs figures puritaines et révolutionnaires, et que traverse l’épisode des amours déjà anciennes d’Edward et de l’Italienne Teresa. Il y a quelques objections fondées à adresser à l’auteur pour l’époque déjà éloignée de nous et trop spéciale qu’il a choisie pour exprimer sur la vie, sur le monde et sur les destinées humaines, ses propres sentimens,

  1. Renduel, rue des Vieux-Augustins, 22.