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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/383

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Chollet, Inchindi et Couderc peuvent bien le faire. L’union fait la force : c’est surtout au théâtre que devrait avoir cours cette belle parole d’une devise. Mais voici venir M. Meyerbeer, et M. Meyerbeer n’est pas homme à supporter de pareils abus. Prenez donc patience, et soyez certains que la partition nouvelle de l’auteur des Huguenots sera le point de la terre sur lequel toute cette troupe dispersée viendra se réunir un jour.

La fortune de l’Opéra grandit ; le succès des Huguenots est cause que de belles dames ont retardé d’un mois leur départ pour la campagne. C’est là un beau triomphe, que la musique de M. Meyerbeer obtient sur les premiers rayons du soleil et les chants du rossignol. De temps en temps, à certains jours perdus, lorsque Mlle Falcon est épuisée et que le gosier de Nourrit a besoin de repos, on donne au public un acte de quelque chef-d’œuvre de Rossini, et cette musique est livrée aux chanteurs du second ordre. Sincèrement, Guillaume Tell n’est pas fait pour subir de pareilles injures, et il semble que l’on pourrait fort bien mettre à sa place un acte du Philtre, ou de la Juive ou du Serment la salle n’en serait pas plus vide, et l’on ferait une profanation de moins. Le congé de Mlle Falcon va forcer l’administration à suspendre, pendant un mois, les représentations des Huguenots. Pendant que la jeune cantatrice emportera avec elle toute notre musique en province, la danse reviendra. Il est fort question d’un ballet nouveau pour les deux sœurs Ellsler, et d’une composition de M. Taglioni pour la rentrée de sa fille. Quant à l’opéra nouveau que l’on prépare, la représentation en est encore si éloignée, qu’il devient inutile d’en parler. Il faudra, jusque-là, nous contenter du Comte Ory, qui nous reste, à moins que Mlle Jawureck, elle aussi, ne parte ; car alors je ne vois pas qui pourrait remplacer cette charmante actrice dans le rôle du page, où Rossini l’aime tant.

A propos de Rossini, on sait avec quelle inquiétude le public attend un nouveau chef-d’œuvre de lui, et quelles espérances magnifiques les administrations fondent sur sa musique. A certaines époques de l’année, il n’est bruit dans quelques endroits que de Rossini. On se demande de toutes parts : — Écrit-il ? — A cela, les uns répondent : Oui ; les autres : Non. Plusieurs même discutent fort sérieusement sur le titre d’un opéra qu’il ne fait pas. La plupart du temps, quand on leur fait une pareille question, les directeurs de théâtre boutonnent leur habit, se rengorgent dans leur cravate, et, s’élevant sur la pointe de leurs pieds, pour retomber sur les talons, ont l’air de vous dire d’un ton plein de contentement : « Nous ne parlons pas, mais nous savons ce que nous savons. » Cependant Rossini continue à se promener sur le boulevart des Italiens. — Or, les poètes, émus à cette nouvelle, abattent leur volée du haut des