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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/378

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REVUE MUSICALE




Le Conservatoire vient de clore ses glorieuses séances. Cette année, comme de coutume, Beethoven et Weber en ont fait seuls presque tous les frais. Cependant, à l’avant-dernier concert, un homme d’assez mâle stature est venu sans façon s’asseoir parmi les hôtes accoutumés du sanctuaire, apportant son morceau de musique entre la symphonie en ut mineur et l’ouverture d’Oberon. L’audace était grande : le succès pouvait l’excuser ; et comment prévoir le succès ? car si plusieurs ont tenté pareille entreprise, plusieurs ont échoué. Mais cet homme, inconnu de la génération nouvelle, et qui venait ainsi hardiment s’emparer du concert, c’était Gluck, Ritter Gluck, comme dit Hoffman ; et le morceau de musique qu’il apportait, c’était l’air de Thoas dans Iphigénie en Tauride. En vérité, quand on entend de tels chefs-d’œuvre, on reste confondu dans son admiration, et l’on se demande comment il y a des gens qui parlent des progrès et des conquêtes de l’art moderne dans le domaine de l’instrumentation. Quelle puissance, bon Dieu ! quelle originalité ! quel sentiment de l’effet dramatique ! Après Mozart, je ne sais rien au monde de plus élevé, de plus solennel, de plus beau. Toute la science des orchestres d’aujourd’hui est dans cette composition de Gluck ; et nous croyons avoir inventé quelque chose ! et sitôt qu’un homme habile puise à ces sources profondes que la foule ignore, nous le proclamons maître, et crions à la création, comme si dans toutes ces combinaisons instrumentales que nous applaudissons en attendant que la belle mélodie nous revienne d’Italie, il y avait quelque