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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/364

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Et partout où le Christ mourant avait laissé
Une goutte de sang, une larme, une chose
De son corps glorieux au tombeau déposé,
Naissait en ce printemps une fleur blanche ou rose.
Alors de l’Orient, vers cet arbre divin,
Les femmes, les vieillards, du peuple évangélique,
Arrivèrent chantant le céleste cantique,
Et les petits enfans vêtus d’habits de lin
Dansaient autour en chœur et secouaient ses branches
Pour en faire tomber de belles tiges blanches,
Dont une vierge calme, avec ses doigts pieux,
Formait une couronne à leurs flottans cheveux.
Et cette foule heureuse et d’extase ravie
Chantait : Gloire à Jésus le divin rédempteur,
Qui nous a rassemblés tous sur cette hauteur !
Gloire au Verbe incarné, gloire au divin Messie,
Qui, laissant Dieu son père et le trône des cieux,
Est venu pour lancer les mondes ténébreux
Sur le grand océan de lumière et de vie.
Et les petits oiseaux, dans l’arbre réunis,
Répondaient en chantant sur le bord de leurs nids :
« Le gai soleil a lui sur notre plume ! Gloire
A Pâques, au saint jour de résurrection
Où, comme le Sauveur quitte la tombe noire,
Le grain qui nous nourrit sort du sombre sillon ;
A ce jour qui, pareil à la porte d’ivoire,
Sonore et lumineux ouvre des temps nouveaux
Pour les fleurs du jardin et les petits oiseaux. »

Alors je m’éveillai de mon ardente extase.
O lumière ! ô parfums ! ô saint ravissement !
La myrrhe des saints jours fumait, dans chaque vase,
L’autel resplendissait comme le firmament ;
Le crucifix levait sa figure divine,
Et paisible, au-dessus du tabernacle en feu,
Portait avec orgueil sa couronne d’épine,
Et l’homme souriait étant devenu Dieu.