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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/357

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Cette faux qui partout apporte l’harmonie,
Égalise le faille et le pauvre et le fort,
Fait courber à son temps l’épi mûr du génie,
Et pour bien niveler et mettre tout d’accord,
Ne le cèle pas même à celle de la mort.
Tous chantaient et priaient dans leur sainte épouvante,
La mère et les enfans, et la vieille servante,
L’adolescent qui lit le texte familier,
Dévotement assis sous le feu d’une lampe ;
Le petit orphelin qui, seul près d’un pilier,
Suit l’office les yeux fixés sur une estampe ;
Et l’artisan robuste, en sa mâle vigueur,
Qui dans l’ombre à genoux sur les dalles de pierre,
Ou debout immobile, et toujours en prière,
Déroule simplement le livre de son cœur,
Où sont écrits trois mots, comme en lettres du flamme,
Impérissables noms : le saint nom de sa femme,
Celui de son enfant et celui du Seigneur,
Et qui, tout en priant, lui-même se compose,
Avec ces noms mêlés ensemble mille fois,
Un verset glorieux, une sublime prose,
Qu’il lance vers le ciel de sa puissante voix.

Tous, ceux de l’action et ceux de la pensée,
Ayant clos dès midi leur maison ce jour-là,
Étaient venus, laissant leur tâche commencée,
Suivre pieusement le Christ au Golgotha.
La forge était fermée aussi bien que la chambre,
Le peuple était allé sanctifier ses doigts
En touchant la blessure ouverte à chaque membre
Des divins crucifix ou d’ivoire ou de bois ;
Car la Religion, en son sublime zèle,
Rouvre la plaie ardente avec sa main fidèle,
Et pour voir sa blessure et baiser ses pieds froids,
Donne le coup de lance à Jésus sur la croix.
Les marteaux reposaient pendus loin des enclumes,
Et les secrets profonds des vastes univers,