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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/346

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entrans et aux sortans. Quand je lui demandai le nom de la jeune dame qui venait de sortir avec le vieux monsieur, elle partit d’un aimable rire et s’écria : — Mon Dieu ! qui peut connaître tout le monde ! je la connais aussi peu que… Elle s’arrêta ; car elle voulait dire sans doute aussi peu que moi, qu’elle voyait ce soir-là pour la première fois. — Peut-être, lui dis-je alors, monsieur votre mari pourra-t-il me donner des éclaircissemens : où le trouverai-je ?

— À la chasse à Saint Germain, répondit-elle en riant plus fort : il est parti ce matin, et ne reviendra que demain soir… Mais attendez, je connais quelqu’un qui a beaucoup parlé avec cette dame : je ne sais pas son nom ; mais vous le trouverez facilement en demandant le jeune homme auquel le premier ministre a donné un coup de pied je ne sais plus où.

Tout difficile qu’il soit de reconnaître un homme au coup de pied que lui a donné un premier ministre, j’eus pourtant bientôt découvert le personnage, et lui demandai quelques éclaircissemens sur la singulière créature qui m’intéressait, et que je sus lui désigner assez clairement. — Oui, dit le jeune homme, je la connais beaucoup ; je lui ai parlé dans un grand nombre de soirées. — Et il me rapporta une foule de choses insignifiantes dont il l’avait entretenue. Ce qui l’avait surtout surpris était le regard sérieux qu’elle prenait quand il lui disait une galanterie. Il s’étonnait aussi fort qu’elle eût toujours refusé son invitation pour la contredanse, en assurant qu’elle ne savait pas danser. Du reste, il ne connaissait ni son nom ni sa situation sociale. Et personne, en quelque endroit que je m’informasse, ne put m’en apprendre davantage. Ce fut inutilement que je courus toutes les soirées possibles, je ne pus retrouver nulle part Mlle Laurence.

— Et c’est là toute l’histoire ? — s’écria Maria en se retournant lentement et baillant d’un air endormi ; — c’est là toute cette merveilleuse histoire ? Et vous n’avez plus revu ni Mlle Laurence, ni la mère à la grosse caisse, ni le nain Turlututu, ni même le chien savant ?

— Demeurez tranquille, répliqua Maximilien, je les ai revus tous, même le chien savant. Ce fut, à la vérité, dans un moment affreux pour lui que je le retrouvai à Paris, la pauvre bête ! C’était dans le pays latin. Je passais devant la Sorbonne, quand je vis s’élancer de