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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/345

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resplendissantes de diamans, à parure bigarrée, qui, assises dans le voisinage, étalaient dans une nudité mélancolique les ruines de leur ancienne splendeur, la place où fut Troie. Sa figure avait toujours son air ravissant de tristesse : je me sentis entraîné vers elle par un attrait irrésistible. Enfin, je me plaçai debout derrière son fauteuil, brûlant du désir de lui parler, mais retenu par le respect des convenances.

J’étais resté quelque temps en silence derrière elle, quand elle tira tout à coup de son bouquet une fleur, et, sans tourner son regard sur moi, me la tendit par-dessus son épaule. Le parfum de cette fleur était singulier, et exerça sur moi une fascination toute particulière. Je me sentis affranchi de toute formalité sociale, comme dans un songe où l’on fait et dit toutes choses inaccoutumées, dont on s’étonne le premier, et où nos paroles prennent un caractère curieusement simple, enfantin et familier. D’un air calme, indifférent, négligent, comme on a coutume de faire avec de vieux amis, je me penchai sur le dossier du fauteuil, et dis à l’oreille de la jeune dame : Mademoiselle Laurence, où est donc votre mère à la grosse caisse ?

— Elle est morte, répondit-elle avec le même ton calme, indifférent, négligent.

Après une courte pause, je me penchai de nouveau sur le dossier du fauteuil, et dis à l’oreille de la jeune dame : Mademoiselle Laurence, où donc est le chien savant ?

— Il est parti et court le monde, répondit-elle avec le même ton calme, indifférent, négligent.

Puis encore après une courte pause, je me penchai sur le dossier du fauteuil, et dis à l’oreille de la jeune dame : Mademoiselle Laurence, où donc est M. Turlututu, le nain ?

— Il est avec les géans sur le boulevard du Temple, répondit-elle. À peine avait-elle dit ces mots, et toujours avec le même ton calme, indifférent, négligent, qu’un vieux monsieur sérieux, d’une haute stature militaire, vint à elle, et lui annonça que sa voiture était là. Se levant lentement de son siège, elle s’appuya sur le bras de cet homme, et, sans jeter en arrière un seul regard sur moi, elle sortit avec lui de l’appartement.

J’allai trouver la maîtresse de la maison, qui s’était tenue tout le soir à l’entrée du premier salon, et y présentait son sourire aux