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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/331

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tion française au bureau des passeports. Leur entretien le mieux venu est à table, quand ils coupent en tranches leurs rostbeefs gigantesques et vous demandent lequel vous aimez mieux, de l’intérieur rouge ou du dehors bruni, du plus ou moins cuit, du gras ou du maigre. Leurs rostbeefs et leurs rôtis de mouton sont d’ailleurs les seules bonnes choses qu ils possèdent. Le ciel préserve tout être chrétien de leurs sauces, cumposées d’un tiers de farine et deux tiers de beurre, ou, pour varier, d’un tiers de beurre et deux tiers de farine ! Que Dieu garde chacun de leurs naïfs légumes qu’ils servent cuits à l’eau et comme la nature Ies a façonnés ! Plus abominables encore que la cuisine des Anglais, sont leurs toasts et leurs harangues obligées, quand, !a nappe enlevée et les dames retirées, on apporte à leur lieu et place un nombre égal de bouteilles de porto qu’ils croient ce qu’il y a de plus propre à suppléer le beau sexe. Je dis le beau sexe, car les Anglaises méritent ce nom. Ce sont de belles, blanches et sveltes personnes. Il est seulement dommage que la distance trop grande du nez à la bouche, qu’on trouve chez elles aussi fréquennnent que chez les hommes, gâte, à mes yeux, les plus beaux visages. Celle déviation du type de la beauté me cause une impression d’autant plus pénible, quand je rencontre les Anglais, ici en Italie, ou ces proportions mesquines du nez contrastent davantage avec les visages antiques des Italiens, dont les nez courbés à la romaine ou alignés à la grecque offrent souvent des proportions trop développées. Un observateur allemand a remarqué avec beaucoup de justesse que les Anglais qui se promènent au milieu des Italiens, ont tous l’air de statues auxquelles on a cassé le bout du nez.

Oui, c’est quand on rencontre les Anglais en pays étranger, que le contraste fait ressortir encore plus leurs défauts. Ce sont les dieux de l’ennui qui courent la poste en tous pays dans des voitures brillamment vernissées, et laissent derrière eux une terne poussière de tristesse. Ajoutez-y leur curiosité sans intérêt, leur lourdeur parée, leur gaucherie impertinente, leur anguleux égoïsme et leur passion froide pour tous les sujets repoussans. Il y a plus de trois semaines qu’on voit ici, sur la Piazza del Gran Ducca, un Anglais qui demeure toute la journée, bouche béante, à contempler ce charlatan à cheval qui arrache les dents aux paysans. Ce spectacle indemnise peut-être le noble fils d’Albion des exécutions qu’il perd à