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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/325

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germanique des relations d’hospitalité mutuelle, relations qui, selon les mœurs barbares, imposaient des devoirs tellement sacrés que ni les défenses de la loi, ni même les menaces de la religion, ne pouvaient prévaloir contre eux. Ce fut à la garde de ses hôtes qu’il résolut de remettre, jusqu’à des jours meilleurs, tout ce qu’il possédait de richesses ; et il eut le temps d’en expédier la plus grande partie avant que l’édit de proscription lancé contre lui fût promulgué à Tours [1]. Mais ces momens de répit ne furent pas de longue durée. Les messagers royaux apportèrent le décret fatal, escortés d’une troupe de gens armés qui, sur des indices recueillis d’étape en étape, suivaient la trace du proscrit. La maison de Leudaste fut envahie par eux. Il eut le bonheur de s’échapper ; mais sa femme, moins heureuse que lui, fut prise et conduite à Soissons ; puis, sur un ordre du roi, exilée dans le pays voisin de Tournai [2].

Le fugitif, prenant le même chemin qu’avaient suivi les chariots qui voituraient son trésor, se dirigea vers la ville de Bourges et entra sur les terres du roi Gonthramn, où les gens de Hilperik n’osèrent le poursuivre. Il arriva chez ses hôtes en même temps que ses bagages, dont l’aspect et le volume tentèrent, malheureusement pour lui, la cupidité des habitans du lieu [3]. Trouvant que le bien d’un homme étranger au pays était de bonne prise, ils s’ameutèrent pour s’en emparer ; et le juge du canton se mit à leur tête, afin d’avoir part au butin. Leudaste n’avait avec lui aucune force capable de repousser une pareille attaque ; et si ses hôtes essayèrent de l’y aider, leur résistance fut inutile. Tout fut pillé par les agresseurs, qui enlevèrent les sacs de monnaie, la vaisselle d’or et d’argent, les meubles et les vêtemens de prix, ne laissant au dépouillé que ce qu’il avait sur le corps, et menaçant de le tuer, s’il ne s’éloignait au plus vite [4]. Obligé de fuir de nouveau, Leudaste retourna sur

  1. Quae optima habuit in Biturico transposuit. (Ibid, pag. 263.)
  2. Prosequentibus verò regalibus pueris, ipse per fugam labitur. Capta quoque uxor ejus in pagum Tornacensem exsilio retruditur. (ibid.)
  3. Leudasies vero in Bituricum pergens, omnes thesaurus quos de spoliis pauperum detraxerat secum tulit, (Ibid., pag. 264.)
  4. Nec multo post iuruentibus Bituricis cum judice loci super eum, omne aurum argentumque, vel quod secum detulerat, abstulerunt, nihil ei nisi quod super se babuit relinquentes, ipsamque abstulissent vitam nisi fugâ fuisset eiapsus. (Ibid., pag. 264.)