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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/248

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moral, l’institution écrite, qui le consacrent, sont dédaignés comme de frivoles utopies. Ainsi disparaissent les plus glorieuses garanties de la civilisation, et notre indécise persévérance n’est plus qu’une opposition inconséquente, un effort hypocrite et capricieux pour ressaisir par des subterfuges la forte position qui nous échappe.

Ce n’est pas que nous contestions ici l’utilité de l’histoire ; ni les rassurants témoignages qui apparaissent dans nos mœurs. Nous voudrions seulement que la science ne devint pas un auxiliaire de nos faiblesses, et qu’au lieu de nous appuyer vaguement sur des systèmes de fatalité opposés à la liberté, au droit, à la morale, sur les traditions mortes ou fugitives de l’esprit humain, on eût le courage de se recommander des forces vives de cet esprit humain lui-même, de sa nature propre, de son libre arbitre limité et non anéanti par ses lois générales, de ses derniers progrès, des conquêtes qu’il croyait assurées quand il ne doutait pas de sa cause.

Conception idéale et pratique des rapports de justice qui sont possibles entre les hommes, le droit s’explique, mais il s’impose. S’il est possible de remporter d’apparentes victoires sur les partis qui le professent dans toute sa pureté, les factions qui spéculent sur ses déguisements sont inévitablement vaincues. On détruit l’essence du droit, lorsque torturant le texte où il est déposé, on le réclame pour soi sans le vouloir pour tous ; mais n’est-ce pas un matérialisme tout aussi grossier que de l’exclure des facultés humaines, de la religion, des institutions politiques, pour le reléguer dans les mœurs et dans l’histoire, sous prétexte que le législateur ne saurait lui donner une signification certaine

Le dangereux fatalisme qui trouble nos connaissances et dirige nos affaires, réduit les meilleurs esprits à une sorte d’inertie orientale, en justifiant tout ce qu’il explique, et en expliquant tout ce qu’il justifie, y compris les crimes les plus odieux. L’histoire, comme on la conçoit, n’est plus le récit des événements naturels de l’humanité, l’exposé de ses lois générales qui souffrent un si grand nombre d’irrégularités et d’accidents. C’est une algèbre présomptueuse, un recueil de formules inflexibles et de souples interprétations, pour toutes les données sociales qu’on arrange selon ses vues personnelles ; elle raconte les moindres faits accomplis, comme la succession des commandements du destin caché sous le nom de providence ; elle démontre avec Hegel, l’excellence nécessaire de tout ce qui s’établit, car un semblable fatalisme ne peut faire que des optimistes.

Ritter, l’habile créateur de la géographie comparée, veut-il montrer pourquoi la traite des noirs n’a pas dépeuplé d’une manière sensible le continent africain ? il ne s’inquiète nullement de l’insuffisance des documents