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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/216

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déjà assez belles hors du théâtre, et un physionomiste pourrait très facile ment démontrer, par l’idéal de leurs traits, l’influence des beaux-arts sur les formes corporelles du peuple italien. La nature a repris ici aux artistes le capital qu’elle leur avait jadis prêté, et voyez comme elle fait rendre à ce capital les intérêts les plus agréables. La nature, après avoir fourni jadis des modèles aux artistes, copie aujourd’hui, à son tour, les chefs-d’œuvre auxquels ces modèles ont servi. Le sentiment du beau a pénétré le peuple entier, et de même que la chair agit autrefois sur l’esprit, aujourd’hui l’esprit réagit sur la chair. C’est un culte qui n’est pas stérile que cette dévotion aux belles madones, aux beaux tableaux d’autel, qui s’impriment dans l’ame du fiancé, pendant que la fiancée porte dévotement au fond du cœur l’image d’un beau saint. Ces affinités électives ont créé ici une race encore plus belle que la douce terre sur laquelle elle fleurit et que le ciel lumineux qui les entoure de ses rayons comme d’un cadre doré. Les hommes ne m’intéressent jamais beaucoup, quand ils ne sont ni peints ni sculptés, et je vous laisse. Maria, tout l’enthousiasme que vous voudrez pour ces beaux et souples Italiens, qui ont des favoris noir-brigand, de grands nez nobles et des yeux si doucement circonspects. On dit que les hommes de Lombardie sont les plus beaux. Je n’ai jamais fait de recherches à cet égard, et j’ai, au contraire, sérieusement étudié les Lombardes. Elles sont, je l’ai bien remarqué, aussi réellement belles que la renommée le publie. Il paraît d’ailleurs qu’elles l’étaient déjà suffisamment dans le moyen-âge. On raconte, en effet, que la réputation des belles Milanaises fut un des motifs secrets qui poussèrent François Ier à entreprendre sa campagne d’Italie. Le roi chevalier était certainement curieux de connaître si ses cousines spirituelles, les filles de son parrain, étaient aussi jolies qu’on le rapportait… Malheureux prince ! cette curiosité, il la paya bien cher à Pavie.

Mais qu’elles deviennent belles, ces Italiennes, quand la musique illumine leurs visages ! Je dis illumine, car l’effet de la musique, que j’ai observé à l’Opéra sur la figure des belles femmes, ressemble tout-à-fait à la magie mouvante des ombres et des lumières qui se jouent sur les statues, quand, la nuit, nous les considérons à la clarté des flambeaux. Ces figures de marbre nous révèlent alors, avec une effrayante vérité, leur esprit intime et leurs secrets silen-