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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/215

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cérité séduisante, ravissante, presque effrayante ; c’était une figure pleine d’amour consciencieux et de sainte bonté ; c’était plutôt une ame qu’une figure : c’est pourquoi je ne pus jamais la fixer complètement dans mon souvenir. Les yeux étaient doux comme des fleurs, les lèvres un peu blafardes, mais de courbe gracieuse ; elle portait un peignoir de soie couleur barbeau ; c’était là tout son vêtement. Ses pieds et son cou étaient nus, et au travers de ce voile souple et fin se trahissait quelquefois, comme à la dérobée, la svelte délicatesse des membres. Quant aux discours que nous tenions ensemble, je ne suis guère plus en état de les reproduire ; je sais seulement que nous nous fiançâmes, et que nos caresses étaient sereines et heureu es, ingénues et intimes comme celles de fiancés, des caresses presque fraternelles. II arriva même souvent que nous ne nous parlions pas, mais que nous confondions nos regards et demeurions des éternités plongés dans cette extatique contemplation… Comment vint le réveil ? je ne saurais le dire, mais je vécus long-temps sur les arrière-délices de cet amour. Long-temps je restai comme abreuvé de joies inouies ; mon ame semblait plongée dans une langoureuse et profonde béatitude ; un contentement inconnu vivifiait toutes mes sensations et je me maintins heureux et satisfait, quoique ma bien-aimée ne m’apparût plus depuis dans mes songes. Mais n’avais-je pas puisé dans son regard une éternité de bonheur ? Elle me connaissait aussi trop bien pour ignorer que je n’aime pas les répétitions.

— Vraiment, s’écria Maria, vous êtes un homme à bonnes fortunes… Mais, dites-moi, mademoiselle Laurence était-elle statue de marbre ou toile peinte ? morte ou songe ?

— Peut-être tout cela ensemble, répondit très sérieusement Maximilien.

— Je pourrais me figurer, cher ami, que cette maîtresse devait être d’une substance fort douteuse. Et quand me raconterez-vous cette histoire ?

— Demain. Elle est longue et je suis fatigué aujourd’hui. Je viens de l’Opéra ; j’ai encore trop de musique dans les oreilles.

— Vous fréquentez maintenant beaucoup l’Opéra, et je crois, Max, que vous y allez plus pour voir que pour entendre.

— Vous ne vous trompez point, Maria, j’y vais réellement pour contempler les figures des belles Italiennes. En vérité, elles sont