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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/196

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puisse offrir, vendre ces sucres à l’étranger, s’ils n’ont été d’abord conduits dans un port anglais. Arrivés en Angleterre on leur défend de les employer à la fabrication des spiritueux, afin que le prix des grains n’en souffre pas.

La Grande-Bretagne et ses colonies du nord ont, jusqu’en 1830, été seules autorisées à fournir aux planteurs les vivres et le bois qu’ils peuvent consommer. Les articles divers, qui ne provenaient pas d’un pays soumis à la métropole, étaient depuis 1825 taxés à une variété de droits dont l’importance annuelle s’est élevée à peu près à 1,900,000 francs, tandis que les frais de perception arrivaient à 1,700,000 francs. Cet impôt renchérissait plusieurs objets de 25 pour cent, sans profiter au fisc.

Quelques modifications ont depuis été apportées à ce tarif, en faveur des rapports directs avec les États-Unis ; mais c’est encore avec une telle réserve que, par exemple, on a laissé subsister sur la farine une taxe de 5 shill. (6 fr. 25 cent.) par baril, tandis qu’elle arrive du Canada franche de droits. Cet article, sortant des ports de l’Union, doit donc remonter au nord, être débarqué à Québec ou Montréal, puis rechargé sur d’autres navires pour redescendre aux Indes occidentales, en parcourant deux fois une partie du chemin, afin d’échapper à un droit exagéré. On impose ainsi, en frais inutiles, des millions aux colons, pour faire gagner quelques milliers de francs aux armateurs.

Si nous nous bornons à indiquer en peu de mots le vice du système colonial de l’Angleterre à l’égard de ses établissemens des Indes occidentales, nous devons au moins montrer que le remède s’est trouvé, pour le colon, dans le développement de la richesse de la métropole, dans l’étendue de son commerce et dans l’immense débouché qu’elle a offert aux produits tropicaux. La production occidentale du sucre étant, depuis quelques années, stationnaire et même rétrograde, s’est trouvée a peine en rapport avec la consommation intérieure et les besoins du commerce extérieur. Là la betterave n’a pas ouvert une concurrence qu’il eût été impossible de soutenir devant des taxes qui produisent au trésor anglais un revenu net de 112 millions de francs. L’équilibre rétabli entre l’importation et les besoins a ramené une pondération des prix qui se sont basés sur les récoltes, et dont nous présentons ici les fluctuations.