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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/190

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Les limites dans lesquelles nous devons nous renfermer ne nous permettent pas de suivre les différentes phases du commerce des sucres pendant la longue période de guerre qui s’est écoulée depuis 1792 jusqu’en 1815. Ce quart de siècle a présenté des phénomènes extraordinaires, résultats de la vive lutte engagée entre les nations européennes. Le sort des armes a fait successivement tomber entre les mains des Anglais une grande partie des colonies à sucre ; et, en raison de la situation du continent européen, celles qui n’étaient point occupées par eux n’avaient également que leur marché pour débouché. La seule exception résidait dans les États-Unis, tant qu’il leur fut donné de conserver leur neutralité.

De 1801 à 1812 compris, les États-Unis importèrent chez eux en moyenne et annuellement

54,000,000 de kilogrammes de sucre, dont ils gardèrent pour leur consommation
23,000,000. Ils en revendirent
31,000,000 sur les autres marchés.

Les États-Unis exportaient les produits des colonies françaises, qui résistaient encore, et des autres colonies étrangères ; mais dans leurs rapports avec les colonies anglaises, rétablis en 1794, et qui durèrent jusqu’à 1806, il leur était défendu d’exporter en échange de leurs merrains, bois de construction, poissons salés, etc., plus de 6,000 barriques de sucre ou environ 3 millions et demi de kilogrammes. Une concession aussi restreinte, et qui ne reposait que sur une tolérance du gouvernement, devait, sans aucun doute, réserver au commerce anglais le mouvement des produits coloniaux ; mais elle embarrassait d’autant plus les colons, qu’elle les forçait de payer en numéraire des objets dont ils ne pouvaient se passer ; numéraire que, dans l’état des choses en Angleterre, la métropole avait de la peine à leur fournir en échange de leurs produits. Cependant l’aveuglement était si grand, que cette concession même fut retirée en 1806, et dès-lors tous les sucres furent dirigés sur l’Angleterre.

L’encombrement des marchés de la Grande-Bretagne, en 1807, doit se comprendre, puisqu’on n’évaluait pas alors à moins de 100 millions de kilog. l’augmentation de la production annuelle, comparée avec celle qui existait quinze ans auparavant. Aussi, une crise dont il y a peu d’exemples se manifesta lorsqu’on reconnut que la surcharge, dont on ne pouvait trouver l’emploi, s’élevait à 75 mille barriques (45 millions de kilog.) de sucre, dont il aurait fallu se débarrasser pour rétablir l’équilibre. Les prix tombèrent à 60 shillings (droit de 27 shillings compris), ou