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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/185

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La petite île de Saint-Thomé, sous l’équateur, appartenant aux Portugais, avait, au commencement du XVIe siècle (vers 1520), un grand nombre de sucreries. Les auteurs contemporains estiment qu’elle produisait plus de deux millions de kilogrammes. A la même époque, la canne portée à Haïti par les Espagnols y avait fait de grands progrès. Favorisée par le climat et le sol, elle donnait trois à quatre fois autant de produits qu’en Espagne, et vingt-huit presses étaient occupées par la fabrication du sucre.

Cette culture, propagée sur différens points du continent américain, acquit de l’importance au Brésil. C’est de là que les Portugais exercèrent le monopole de l’approvisionnement de l’Europe, pendant la fin du XVIe siècle et le commencement du XVIIe. Lisbonne dut à ce trafic, réuni au commerce de l’Inde, l’époque de sa plus grande splendeur.

Diverses causes contribuèrent à déplacer cette source de richesses. Le Portugal tomba sous le joug de l’Espagne, et les établissemens des autres nations européennes, dans les Indes occidentales, s’apercevant que les consommateurs manquaient pour le tabac et les autres produits peu nombreux auxquels ils s’étaient adonnés, commencèrent à songer au sucre.

La culture de la canne s’était, à la vérité, conservée dans les grandes Antilles soumises à l’Espagne, mais avec si peu d’importance, que lorsque les Anglais s’emparèrent de la Jamaïque en 1656, ils n’y trouvèrent que trois sucreries, dont ils ne tardèrent pas à augmenter le nombre. A la Barbade, dès 1646, on commença à exporter du sucre, et les habitans se montrèrent si actifs, que le commerce de cette île occupait, trente ans plus tard, quatre cents navires faisant ensemble soixante mille tonneaux

Cette colonie ne produisait qu’un peu de mauvais tabac, du gingembre et du coton, lorsque, vers 1641, quelques planteurs industrieux se procurèrent du Brésil des plants de canne qui réussirent bien ; et dans un nouveau voyage, ils achevèrent de recueillir les instructions nécessaires pour en tirer bon parti.

Ainsi que nous l’avons dit, le commerce des Antilles était, dans les premiers temps, ouvert à toutes les nations, et il était difficile qu’il en fût autrement. Les communications d’îles si voisines et encore si peu peuplées ne pouvaient guère être entravées. Ces parages étaient surtout visités par les Hollandais, que leur merveilleuse activité faisait accourir partout où il y avait quelque profit à recueillir.

Les navires hollandais, en raison de leur bas prix de frêt, obtenaient, même des négocians anglais, la préférence pour les transports d’aller et de retour des colonies anglaises à la métropole. Le commerce entier du pays passait dans leurs mains. La marine anglaise déclinait et ses matelots s’expatriaient. La gravité de cet état ne pouvait échapper à la considération