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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/170

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vigueur. Les chevaux sont trop des chevaux anglais ; mais cela ne fait tort qu’au sujet, le tableau n’y perd qu’un peu de couleur locale, ce dont une palette bien employée du reste peut se passer sans inquiétude. Au-dessous du Saint Hippolyte est un bon Portrait de M. Jouy aîné. Je dois aussi citer avec éloge celui de Madame C. et de sa sœur, de M. Canzi. Il est d’une adroite ressemblance, et d’une gracieuse exécution.

C’est un très étrange tableau que celui de M. Brémond. Je voudrais en savoir le secret, car cette nature laide me répugne, et cependant cet ange debout, avec son auréole d’or, ou plutôt malgré l’auréole, me frappe et m’émeut. Singulier travail ! Pour imité, il l’est à coup sûr, mais il l’est si bien qu’il me trompe, et que je crois voir un vieux tableau. Je consulte encore mon livret, pour éclaircir mon impression, et je lis : « On dévala de la croix ce corps tout froissé que la Vierge… » Fi, M. Brémond, dévala ! quel vilain mot vous allez choisir ! Qu’est-ce que c’est donc que dévala ? Est-ce qu’on dévale ? et qui, juste Dieu ! Cet affreux mot me fait presque comprendre pourquoi votre Christ est si maigre et si vieux, et toute la recherche d’horreur que je vois dans votre tableau. Mais je continue : « Un ange, ému de la douleur de la Vierge, se place devant elle pour lui dérober la vue de la croix où son fils a été supplicié. » Ma foi, je ne sais plus que dire, car cette pensée me paraît belle, et elle appartient à M. Brémond, tandis que dévala est dans la Vie des Saints.

Je fais de vains efforts pour critiquer les toiles citoyennes de M. Court ; il est impossible d’en rien dire, pas même du mal. Quelle froideur dans cette signature de la proclamation royale ! Ce pauvre M. Dugas-Montbel, on l’a mis là aussi pourtant ; c’était le traducteur d’Homère, brave et digne homme, et très savant ; en quoi a-t-il pu offenser M. Court ? Mais je me rappelle de ce peintre une jolie Espagnole en mantille, et je vais regarder le tableau d’Isabey.

Cette toile mérite, à mon avis, des éloges sans restriction. L’exécution en est magnifique, et la conception tellement forte, qu’elle étonne au premier abord. J’ai entendu reprocher à l’auteur de n’avoir montré qu’une partie de son vaisseau. Rien n’est moins juste que cette critique, car c’est de cette disposition hardie que résulte toute l’importance de la scène. Si le tableau avait deux pieds