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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/152

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bolonaise, vouant réunir toutes les qualités qui distinguaient Florence, Rome et Venise, amena dans les arts tant de confusion. Ce serait en vain qu’on chercherait, dans une si grande quantité d’ouvrages, à faire quelques classifications ; car à quoi servirait de dire, par exemple, il y a tant de tableaux d’église, tant de batailles, et tant de marines ? Y a-t-il, à l’époque où nous vivons, un motif quelconque pour que les peintres fassent plutôt des marines que des batailles, ou des saintes familles que des paysages ? Ils n’ont pour cela aucune raison probable, sinon que tel est leur caprice, ou qu’on le leur a demandé. On ne peut donc rien classer ainsi ; car ce sera autre chose demain, et il en était hier autrement. Peut-on dire encore : là est une série de coloristes, là de dessinateurs ? non. Chacun veut être à la fois dessinateur et coloriste, ou peut-être personne n’y pense ; car on ne pense guère qu’à l’effet. Remarque-t-on d’ailleurs de ces grandes influences exercées de tout temps par les hommes supérieurs, et de ces volontés génératrices qui, à défaut d’élèves ou de rivaux, se créent du moins des imitateurs ? non, ou trop peu pour que la critique puisse en prendre acte. Robert, pour les sujets italiens, M. Cabat pour le paysage, Ingres, Delaroche, sont quelquefois imités. Mais comme ce n’est que pure affaire de forme ; et qu’on n’imite en eux rien de nécessaire, il n’en résulte rien d’utile. Cependant, l’unité manquant, trouve-t-on du moins une noble indépendance, et reconnaît-on dans cette multitude bizarre cette liberté de conscience dont la force mène à l’isolement ? Je sais qu’on l’a dit, mais je ne le vois pas. Il me semble que le pastiche domine ; de tous côtés on peut noter des ouvrages remarquables, où une préoccupation visible altère et contourne la pensée première ; et je répète ici ce que je viens de dire plus haut : par quel motif ? pourquoi imiter tel peintre lombard, espagnol, ou flamand, mort il y a deux ou trois cents ans ? non pas que je blâme l’artiste qui s’inspire du maître. Mais, à dire vrai, copier certains fragmens, chercher certains tons qui souvent résultent chez le maître de l’effet du temps sur les couleurs, voir la nature avec d’autres yeux que les siens, gâter ce qu’on sent par ce qu’on sait, est-ce là s’inspirer ? Un pareil travail sur soi-même détruit l’originalité, tandis que l’inspiration véritable la ravive et la met en jeu. Il faut que l’enthousiasme pour les maîtres soit comme une huile dont on se frotte, non comme un voile dont on se couvre. Quand on se sent porté vers un