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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/145

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démocratique étaient menacés : la société les vengea et les raffermit par les élections de 1827 et l’insurrection de 1830.

Le fait immense d’un gouvernement nouveau domine la situation et montre la puissance de la volonté sociale. Sitôt après son établissement, les deux partis qui se combattent depuis bientôt cinquante ans offrirent le même spectacle. Ainsi dans le côté droit on vit une partie des royalistes adhérer au gouvernement nouveau ; ils étaient loin d’avoir désiré son élévation mais ils s’y soumirent, tandis que d’autres plus ardens s’entêtèrent à faire tomber sur-le-champ l’usurpation qui les désespérait : aujourd’hui cet épisode de guerre civile est terminé ; les tentes sont repliées et les châteaux sont paisibles, Le parti démocratique et libéral se partagea également en deux fractions : la plus considérable se voua à la défense du gouvernement qu’elle avait établi de ses mains, et résolut de le suivre jusque dans ses fautes et ses erreurs ; l’autre, moins nombreuse, s’emporta dans des espérances et des précipitations qui ne voulaient connaître ni frein ni délai ; elle se perdit par la violence de ses passions généreuses ; l’exil et les prisons ont reçu les vaincus.

Il est clair que la société n’a voulu céder aux fantaisies et aux passions de personne ; et elle a traité rudement ceux qui demandaient la ruine d’un édifice qui n’était que d’hier. Mais aussi elle n’entend pas persévérer dans les mêmes colères et les mêmes divisions. C’était chez les Grecs une prescription du droit des gens de ne jamais élever sur le champ de bataille où ils avaient eu le malheur de combattre les uns contre les autres des trophées de pierre ou d’airain, de peur d’éterniser le souvenir des discordes civiles. Qui voudrait donc aujourd’hui dans notre pays élever des distinctions qui ne meurent jamais, et parquer les citoyens dans des haines immortelles ?

Et ce n’est pas ici la parodie du baiser Lamourette ; nous exprimons la réalité. La société française est mobile : au moins que cette mobilité porte ses fruits, comme elle a ses inconvéniens. Les violences des cinq dernières années ne sont plus possibles, ni pour les partis, ni pour le pouvoir, et personne d’ailleurs ne saurait désormais y avoir goût. On court un grand danger dans ce pays, quand on le fatigue, et tranchons le mot, quand on l’ennuie par la répétition des mêmes expédiens ou des mêmes discours.

Tout se décompose aujourd’hui dans le monde moral et politique,