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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/134

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Il ne nous semble pas inutile aujourd’hui de jeter quelques regards sur la scène politique, et d’assigner leur valeur aux vicissitudes qui s’y sont produites. Nous pourrons parler des contemporains, mais toujours dans leurs rapports avec les événemens publics et les choses générales ; nous voulons avoir affaire au personnage, et non pas à l’homme même.

Les lois du 9 septembre dernier ont eu des résultats qui ont dû tromper la prévoyance de tout le monde. Elles ont affaibli le pouvoir et non pas ceux contre lesquels elles étaient dirigées.

Le pouvoir a semblé désormais investi d’une dictature qui l’élevait au-dessus de tous les périls et de toutes les craintes. On n’avait plus à s’inquiéter de lui, et la sollicitude publique pouvait se rejeter sur les garanties et les principes qui venaient d’être si cruellement maltraités. D’un autre côté, les opinions ardentes, soit dans leurs regrets, soit dans leurs espérances, contraintes à plus de modération, forcées de supprimer les mots et les noms irritans, revêtirent des apparences paisibles qui déconcertèrent le pouvoir et désarmèrent les ressentimens. Les partis mirent leur amour-propre non plus dans la témérité, mais dans la prudence : ce fut une émulation universelle de finesse et d’habileté.

Cet attiédissement général de toutes les passions a été sensible dans le procès auquel a donné lieu l’attentat du 28 juillet. Le public a assisté à ce drame judiciaire avec une curiosité sans colère et presque sans souvenirs. Il semblait que la catastrophe qui, six mois auparavant, avait désolé Paris, s’était dépouillée de son horreur et n’était plus qu’un cadre destiné à faire ressortir la sombre figure de Fieschi, dont les juges, complices de sa forfanterie, ont fait un héros de théâtre.

Cependant quelque chose de plus sérieux se passait au fond des esprits. D’une part, l’attentat du 28 juillet avait été l’apogée des folles fureurs et des violences aveugles ; de l’autre, les lois de septembre avaient comblé la mesure de la dictature parlementaire et légale. On sentit que cette période d’acharnement réciproque touchait à sa fin ; elle avait duré cinq ans, s’était terminée à un célèbre anniversaire comme par un coup de tonnerre, et avait eu son dernier écho dans les vindictes de la loi. Désormais la France attendait, des partis comme du pouvoir, d’autres directions et d’autres pensées. Les nations ignorent l’irréconciliable opiniâtreté des discordes et