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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/114

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la littérature, et mettre, en balance, d’un côté leur nom, et de l’autre leur talent ; obtenir la coopération des plus dignes, se défendre des inévitables ; conserver ce corps de rédaction formé à grand’ peine, et dont l’irritabilité est proverbiale ; et puis, chaque jour, disposer le moule pour recevoir toute cette verve qui bouillonne ; varier à l’infini les matériaux, sans détruire l’unité d’effet et d’intention : voilà l’œuvre intellectuelle. Celle de l’administrateur n’est pas moins compliquée. La tâche dans son ensemble exige des facultés qui paraissent s’exclure, et on peut concevoir sans peine pourquoi tant de journaux languissent, faute de direction.

Le plus grand obstacle à l’amélioration du journalisme est dans la législation qui pèse sur lui. Les gouvernemens successifs de la France, n’osant pas attaquer en face un pouvoir rival du leur, ont imaginé de le ruiner par un système de taxes et de prohibitions. Le moyen était excellent pour fausser l’institution. C’était attirer les fonds des capitalistes vers un genre d’opérations érigé en privilége. Les directeurs de la presse, obligés de prélever, pour le fisc, la plus nette part du produit, n’ont pu offrir aux écrivains qu’une rémunération insuffisante. Nécessité pour ceux-ci d’écrire beaucoup, de partager leur plume entre plusieurs entreprises, quelquefois même de changer d’encre, selon la couleur de chacune.

En Angleterre les presses politiques et militantes sont écrasées d’impôts. Il y a franchise, au contraire, pour les recueils consacrés à la science, à la philosophie, à la littérature. Ils circulent librement, sans subir la griffe du timbre qui fait tache sur chaque feuille, ni les services onéreux des bureaux de poste. Un editor capable de distinguer les hommes de mérite peut leur offrir une position dans la société, en rapport avec l’espèce de sacerdoce qu’ils y doivent remplir. Aussi les revues anglaises, qui livraient en général des articles plus sévères que la presse quotidienne, ont-elles acquis, dans l’intérêt du pays, une immense influence. Elles dominent toutes les discussions, dirigent réellement les esprits, et tempèrent l’irritation qu’y entretient la polémique journalière. Ces résultats évidens ont conduit les hommes éclairés de la Grande-Bretagne à désirer l’affranchissement de la presse quotidienne, et l’abolition complète du timbre est actuellement l’objet de leurs efforts.

En France, nous trouvons dans plusieurs de nos journaux politiques des pages improvisées sur une question soulevée la veille, et qui, par cela même, annoncent une singulière activité d’esprit. La presse périodique est peut-être plus riche encore, puisque les meilleurs volumes de 1835 sont des emprunts faits par la librairie aux recueils les plus estimés. Si la presse périodique n’a pas encore en France toute l’importance dont elle