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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/100

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trouve ramenée à son niveau naturel. A ce compte, chaque jour de l’année produirait son volume in-8° de 23 feuilles. Si le tout était vendu au prix commercial, une somme de deux millions, à répartir entre une vingtaine d’éditeurs, laisserait à chacun des bénéfices énormes ; mais tous sont bien loin de compte. Pour une opération lucrative, on en supporte dix qui ne rendent pas les déboursés de la fabrication.

Ce serait une erreur de croire que le thermomètre du succès indique avec exactitude le degré du talent. Les chances de vente pour un roman (on pourrait ajouter pour la moitié des livres), ont leur effet dans l’ordre suivant : — Patronage des journaux, — habileté du libraire qui consiste à intéresser les revendeurs à sa publication, — renom de l’auteur qu’il doit à sa position dans le monde ou à ses précédens en littérature, — mérite réel de l’ouvrage. Cette dernière cause devient nulle, si elle n’a pas agi dans les quinze premiers jours, c’est-à-dire, avant que la mode ait adopté une nouveauté plus nouvelle.

Pour établir le budget matériel de nos romanciers, il faut d’abord retrancher des livres de cabinets de lecture, 19 réimpressions qui appartiennent à l’œuvre des années précédentes, et en second lieu, les mémoires, souvenirs, causeries et autres répertoires d’anecdotes, dramatisées quand le fond est vrai, et fabriquées le plus souvent. On en compte 14, qui forment 43 volumes in-8°. Elles sont sans autorité pour l’historien, et prennent rarement place dans les bibliothèques. Nous sommes loin cependant de leur contester tout mérite. Des personnages célèbres y parlent quelquefois avec tant d’esprit, et sont si habilement mis en scène, que nous les avons rangés sans hésitation parmi les héros de roman.

Restent au nombre de 177 les nouveau-nés de 1835. On n’y trouve que 11 traductions. Il y a trente ans, presque toutes les inventions romanesques étaient d’importation étrangère. Peu à peu, la fabrique française s’est organisée, et son activité est telle aujourd’hui, qu’elle déverse ses produits sur tous les marchés littéraires de l’Europe. Voyez aussi quel assortiment ! Romans historiques, 51. Ce genre est toujours cultivé fort assidument : non pas qu’il conserve les préférences du public ; mais parce que son exploitation est facile. Une chronique, une biographie, économisent les premiers frais d’imagination ; le cadre trouvé, on peut, en deux ou trois séances de bibliothèque, s’approvisionner de couleur locale, aux dépens des honnêtes compilateurs qui en ont broyé pour long-temps. — Romans philosophiques, 34. On voit que beaucoup d’écrivains en viennent à considérer la forme scénique comme un moyen d’action sur la partie indolente du public. C’est un progrès. Ainsi conçus, le drame, le roman, deviennent la plus estimable des œuvres de l’intelligence, et peut-être aussi la plus épineuse, car l’exécution trahit souvent l’intention, et bien des auteurs ont été surpris de voir flétrir comme immorales des œuvres