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homme qui trouve que la vie est encore bonne à quelque chose sur cette terre. Il ne marchande pas sur le plaisir, de quelque part qu’il vienne, et savoure une belle vue dans le parc d’une altesse avec aussi peu de scrupule qu’il certifie la bonne grace et la simplicité populaire d’une autre altesse royale aux bains de la Baltique. Ce bon vouloir de jeunesse, qu’il est si heureux de posséder, ne lui permet d’être hostile et âcre qu’en théorie, et ce bonheur-là est une très malheureuse qualité pour un imitateur de Heine. Peut-être dira-t-il qu’il fait toujours prudemment de se rendre familiers les procédés et la pratique de l’école pour le moment où il sera désabusé, railleur et amer pour son propre compte. Il écrit déjà sans doute avec facilité et fait le vers plus facilement encore que la prose ; mais je ne crois point, talent à part, qu’il arrive jamais à la hauteur de son modèle. Il mange et boit avec une sensualité trop sincère. On ferait le chiffre d’une brasserie avec toute la bière qu’il dit avoir consommée dans ce voyage.


PALASTINA (la Palestine), par Charles de Raumer, professeur à Erlangen, 1 vol.-in-8°, Leipsig

Je demanderais presque pardon d’accoler ensemble des livres de caractère si différent, si le cadre dans lequel je suis renfermé n’était ma loi et mon excuse. D’un autre côté, je regretterais de faire plaisir à certaine espèce de gens qui se réjouissent de voir scandaliser leurs frères. Heurter de front les croyances d’autres hommes est chose si facile et si vulgaire, que c’est là un succès à fuir. Et puis, personne n’y gagne en définitive, comme nous en avons fait l’expérience depuis cinquante ans. Je passe donc, sans préméditation aucune, d’un livre tout mondain à celui qui a pour objet la patrie des croyances religieuses du monde moderne.

Chez nous, où l’indifférence, pour ne pas dire plus, a relégué dans les séminaires et dans le cabinet d’un ou deux académiciens l’étude des sciences bibliques, on sourirait à la vue d’un homme qui aurait publié, en 1835, un volumineux traité sur la Palestine. En Allemagne, quelle que soit la foi des lecteurs, une pareille œuvre est toujours estimable et méritoire à titre d’œuvre de science. J’avoue, en ce qui me regarde, avoir éprouvé un plaisir d’imagination, peu commun à redire avec l’auteur ces noms si doux de Carmel, Hermou, Naphtali, Ephraïm, Jesreel, dont la poétique résonnance charma jadis mes oreilles d’enfant., à parcourir de nouveau la scène des sublimes épopées hébraïques. Le livre de M. de Raumer n’est guère plus, à vrai dire, qu’un dictionnaire par ordre de matières, mais aucun article qui se rattachait de loin ou de près à la Palestine, n’a été oublié, et chaque article est un traité spécial appuyé