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volonté peut-il rester en dehors d’une association ? nullement, sinon on l’accuse de lâcheté, de ladrerie, c’est un chameau. Personne ne peut oser le défendre, tout le monde a le droit de l’insulter, et je suppose, celui de lui refuser satisfaction. Les professeurs même le méprisent, c’est M. de S. qui le dit. Et les importantes, les véritables études, comment se font-elles au milieu de ces graves occupations ? En vérité, je n’en sais rien, et je prise encore plus haut la science allemande depuis que j’ai lu ce livre qui m’a dévoilé une foule de choses sur lesquelles la vue ne m’avait rien appris. On doit supposer en effet une admirable organisation à des gens qui, au milieu d’un pareil système d’études, deviennent des fanaux de la science européenne, plantes robustes et brillantes, grandies sous une couche de fumier.

Les associations, celles qui avaient un but politique, et probablement les autres, ont été abolies par des résolutions souveraines dans toute l’Allemagne. Quoi qu’on en dise, il n’y a pas grand mal à cela. Je ne vois pas, je le déclare, beaucoup d’utilité à ce qu’un étudiant s’occupe sans relâche à briguer les grades extra-académiques de renard, renard brûlé, renonce, jeune Bursch, vieux Bursch, vieille maison, maison moussue, senior, etc., etc. Tout cela ne se gagne que par une assiduité infatigable au cabaret, à la salle d’armes et dans l’administration des affaires de cette inutile franc-maçonnerie. Ce ne sont là que des décombres du moyen-âge qui devaient gêner infailliblement la marche de la jeunesse allemande, et il est admirable que ce soient les gouvernemens eux-mêmes qui lui aient débarrassé le chemin. Il faut n’avoir pas regardé de bien près pour croire que la cause révolutionnaire ait beaucoup perdu à la suppression des associations politiques dans les universités. Une pareille agrégation, dans l’état tranché des mœurs des étudians, n’est qu’une déclaration d’isolement. On arrive bien, en sortant d’un cabaret, à se faire tuer à l’attaque d’un corps-de-garde, maison ne fait pas une révolution. Les révolutions ne se font que d’intelligence avec les masses, et les masses sont le Philisterium, étranger à l’étudiant allemand, qui leur paraît à son tour un homme d’un autre pays. Jamais les conspirations d’étudians, quelque habilement tissées qu’elles fussent, n’ont menacé d’un danger réel les gouvernemens allemands. Ceux-ci ont fait semblant de le croire, ou l’ont peut-être cru, c’était leur métier. Et pourtant ils ont fait une sottise, quoiqu’ils aient agi d’instinct. En défendant à la jeunesse d’user sa force dans des pratiques ridicules, ils la lui rendent entière et disponible pour des entreprises sérieuses et mûries jusqu’au moment propice. Ils l’obligent à s’allier tôt ou tard à ces Philistins dont aucune loi surannée ne les sépare plus, et les Philistins sont les soldats des étudians qui les pourront, s’ils le veulent, pénétrer de leur souffle. Bien plus,