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Londres, à Saint-Pétersbourg et à Constantinople, si les plus hautes capacités dont elle dispose figuraient dans ces trois résidences, où va se régler tout le mouvement européen ! Non pas que nous élevions des doutes sur le talent de M. de Barante, notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg, et sur le caractère de l’amiral Roussin, notre envoyé à Constantinople ; mais l’amiral est parfaitement inconnu comme diplomate, et M. de Barante n’a d’autres titres que son ambassade de Turin, au poste si important qu’il occupe. Pour M. Sébastiani, s’il représente quelque chose à Londres, c’est l’administration de M. Thiers, sans doute, ombre d’administration, fantôme impotent, qui n’a que le souffle, comme l’ombre qui figure à Londres, sous le nom dérisoire d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du roi des Français.

Les hommes capables et rompus aux affaires sont, toutefois, en grand nombre dans notre diplomatie. La supériorité de M. de Rayneval est reconnue dans toute l’Europe, et elle est telle que son aversion notoire pour les gouvernemens représentatifs ne l’empêche pas de rendre les plus grands services dans la position qu’il occupe, moins toutefois qu’au temps où le régime absolu florissait en Espagne. A Vienne, M. de Saint-Aulaire montre tout l’esprit et toute la grâce qu’il eût fallu pour tenir le premier rang en Russie, au temps de la czarine ; mais ces qualités brillantes n’excluent pas la solidité et l’expérience que lui donnent de vieux services. À Turin, M. de Rumigny a fait preuve d’activité et de zèle ; sa vigilance et son travail assidu l’ont aidé, à surmonter les difficultés fréquentes qui s’élèvent dans ce poste difficile et ingrat ; et à Rome, M. de Latour-Maubourg sait concilier sa pieuse adoration pour le pape avec son dévouement pour la France.

Dans les postes inférieurs, on distingue des hommes adroits et intelligens, appelés à figurer un jour sur de plus vastes scènes, pour peu que les principes de M. de Polignac, remis en honneur par M. de Broglie, fléchissent en leur faveur. On peut diviser les agens inférieurs en trois classes : 1 ° ceux qui ont servi la restauration, sans partager les principes qui ont amené sa chute ; 2° ceux qui sont entrés dans la diplomatie depuis la révolution de juillet ; 3° ceux que cette révolution a déplacés, ou que leurs principes politiques ont décidés à donner leur démission. Quant à ces derniers, leur situation devient fort critique, et la plupart d’entre eux se pressent pour obtenir leur réintégration, les réglemens fixant à cinq ans la durée de la disponibilité. Parmi eux figurent M. le marquis de Gabriac, quasi-gendre de M. Sébastiani, et traité, à ce titre sans doute, avec des égards inouïs, car son traitement de disponibilité lui est continué au-delà du terme fixé par le règlement, au moyen de petits arrangemens bien connus dans les bureaux.

Dans la seconde catégorie figurent : M. le comte Charles de Mornay, homme d’esprit et de cœur, qui a occupé quatre ans le poste de ministre à Carlsruhe, où il a lutté avec ténacité contre l’introduction du système de douanes prussien. Cet honorable apprentissage lui a valu récemment le titre de ministre à Stockholm.

M. de Saint-Priest, ministre à Lisbonne, homme spirituel, plus occupé