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France aussi. Mais cette adoration spontanée dont il fut d’abord l’objet est un fait immense, un éclair lumineux qui sillonne les ténèbres encore si épaisses de l’avenir péninsulaire. C’est une leçon donnée par le passé ; hommes du présent, méditez-la.

La révolution espagnole n’a fait jusqu’ici que tourbillonner aux surfaces, et bâtir sur le sable, parce que jusqu’ici on s’est obstiné à lui refuser sa base naturelle et sa véritable assiette. La démocratie est le port des nations. Quand les dynasties ont fini leur œuvre, quand les aristocraties s’éteignent, et que le corps social paraît menacé de dissolution, alors la force de l’état se concentre tout entière au sein du peuple, comme le sang reflue au cœur dans les crises du corps humain ; traditions, vertus, honneur, tous les trésors de la pensée nationale, tous les dogmes sacrés du pays se réfugient à la fois dans ce sanctuaire inviolable. Or, l’Espagne en est aujourd’hui à cette époque de décomposition ; qu’elle obéisse donc, si elle veut renaître, aux lois providentielles ; qu’elle aille puiser la vie où Dieu l’a mise, et retremper sa vieillesse à ces sources viriles ; c’est là qu’elle lavera ses souillures ; c’est là qu’elle peut retrouver encore la vaillante épée de Rodrigue, et quelques débris peut-être du sceptre de Charles-Quint.


CHARLES DIDIER.