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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/730

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Retournons maintenant, dit Locke au vieillard, retournons dans notre pays, car vous voilà devenus veuve. »

Un grand nombre de pièces du recueil que nous analysons sont consacrées aux croyances superstitieuses et aux idées de sorcellerie des hommes du Nord. Ici, des rossignols annoncent à un amant la mort de sa maîtresse ; là, une jeune fille tombe au pouvoir de l’homme de mer, qui l’emmène au fond des eaux, dans sa grotte de cristal. Tantôt c’est l’histoire d’un jeune homme qui s’égare pendant la nuit, et arrive sur une montagne où dansent les elfes : un de ces êtres fantastiques l’invite à danser, il s’y refuse, et tombe mort en arrivant chez lui ; tantôt celle d’une femme dont l’amant a été égorgé et coupé en morceaux : elle recueille avec soin toutes les parcelles de son corps, les trempe la nuit dans la source de Mariboe, et son amant revient à la vie ; tantôt celle de douze magiciens qui tous ont de merveilleux secrets. L’un peut conduire - l’orage avec sa main ; un autre dompte les dragons ; un troisième sait tout ce qui se passe en pays étranger ; un quatrième se promène sous l’eau ; un cinquième possède une harpe que personne ne peut entendre sans se mettre aussitôt à danser.

A travers ces idées superstitieuses, pour la plupart assez bizarres ou copiées d’après de vieilles traditions, il en est une vraiment fort belle ; c’est celle qui attribue aux morts la faculté de se réveiller dans leur cercueil, et de revenir sur terre pour consoler un parent, ou répondre aux vœux d’un ami. Cette idée me semble exprimée d’une manière touchante dans cette pièce, qui a pour titre : La mère dans le tombeau :

« Dyring s’en va dans une île lointaine, et épouse une jolie jeune fille. Ils vécurent sept ans ensemble, et sa femme lui donna sept enfans. Alors la mort entre dans la contrée et enlève la femme, si belle et si rose. Dyring s’en va dans une île lointaine, épouse une autre jeune fille, et la ramène chez lui. Mais celle-ci était dure et méchante. Quand elle entra dans la maison de son mari, les sept petits enfans pleuraient ; ils pleuraient, ils étaient inquiets, elle les repoussa du pied. Elle ne leur donna ni bière, ni pain, et leur dit : Vous aurez faim et vous aurez soif. Elle leur retira les coussins bleus, et leur dit : Vous coucherez sur la paille toute nue. Elle éteignit les grands flambeaux, et leur dit : Vous resterez dans l’obscurité. Les enfans pleuraient le soir très tard, leur mère les entendit sous la terre, sous la terre où elle était couchée. « Oh ! que ne puis-je, s’écria-t-elle, m’en aller voir mes petits enfans ! » Elle se présenta devant Dieu, et lui demanda la permission d’aller voir ses petits enfans. Elle pria tant que Dieu se rendit à sa demande. « Mais quand le coq chantera, lui dit-il, tu ne resteras pas plus long-temps. »