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un amour insatiable de la réalité, lequel a aussi ses illusions et ses subtilités plus trompeuses : que des explications simples. Peut-être encore, est-ce devoir de ne pas tout dire sur les grands écrivains, de voiler un côté faible, petit, inutile, humain, contraire à la statue. Certes l’admiration, cette ame vivifiante de la critique et qu’il importe grandement de transmettre, y gagne ; la religion du génie n’est pas violée. Souvenons-nous que c’est dans un recueil dont la moitié appartient, à la corruption et aux divulgations honteuses, que l’épigramme antique a pu dire : Horninem pugina nostra sapit.

La première partie de la carrière littéraire de M. Villemain s’étend assez naturellement jusque vers 1823 ou 1824 époque où il reprit son cours à la Faculté des Lettres après diverses interruptions En 1814 il avait quelque temps été suppléant de M. Guizot pour l’histoire moderne et avait professé sur le XVe siècle. En 1816 il, eut la chaire de littérature française et d’éloquence. Le titre de sa chaire fut tout d’abord justifié par lui ; il introduisit dans la critique, la vivacité, l’imagination, la biographie, l’histoire ; plus ses études s’élargirent et ses idées se fortifièrent, plus son élégante et vive parole, toujours passionnée du culte de l’esprit, grandit véritablement à l’éloquence. On n’a rien conservé des leçons de ces années. Le premier discours d’ouverture imprimé est une revue du XVIe et du XVIIe siècle, de 1822. Engagé dans la politique avec M. Decazes, chargé en 1819 de la division des lettres au ministère de l’intérieur, et maître des requêtes, M. Villemain sortit des affaires avec son patron, et donna des preuves alors de cette honorable fidélité à des amitiés politiques, qui est devenue bientôt de la fidélité à des principes. Il ne perdit pourtant sa position de maître des requêtes qu’en 1826, destitué pour cause de manifestation au sein de l’Académie touchant la loi de la presse. Nommé conseiller d’état après la chute du ministère Villèle, il donna sa démission au 8 août. Il dut à cet apprentissage précoce des affaires sous M. Decazes ce que le grand usage du monde avait commencé de lui donner, cette merveilleuse faculté de garder au milieu des distractions et des emplois divers, et à travers mille occupations graves ou épineuses, un esprit, vif, alerte, détaché, toujours présent jamais obscurci, tout au plus capricieux par momens et fugitif ; c’est à lui sa seule manière d’être préoccupé et appesanti. Ainsi rompu à tous les exercices d’intelligence et se jouant sous des contentions de divers genres,