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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/697

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Pétrarque, ces augustes maîtres de la forme, est aussi la terre de Rossini, d’un homme qui s’en est toujours préoccupé si peu. Dernièrement, à propos du Siège de Corinthe, nous parlions d’un certain morceau, d’un air de Mahomet, qui pourrait tout aussi bien être chanté par le grotesque personnage de l’Italienne à Alger ; et cette facilité que l’on a d’intervertir les parties, est la preuve la plus manifeste de cette négligence que Rossini apporte dans la composition. Essayez donc de faire chanter à Max les phrases de Gaspard, à don Juan les candides mélodies d’Octave ; autant vaudrait, dans le poème d’Alighieri, mettre les paroles de Virgile dans la bouche de Beatrix.

Pour la composition générale des caractères, M. Meyerbeer appartient tout-à-fait aujourd’hui à l’école allemande. Outre qu’il est initié aux plus profonds mystères du contrepoint, l’auteur de Robert-le-Diable et des Hugunots a de la poésie un sentiment rare, qui traverse comme un rayon de lumière l’épaisseur quelquefois ténébreuse de sa science, et donne à ses plus arides combinaisons une apparence d’inspiration. C’est dans le commerce des esprits généreux et fécondans, de Shakspeare, de Goëthe, et des deux grands poètes italiens, que M. Meyerbeer a pris l’élévation de sa pensée, et avec elle ces désirs de bien faire, qui le travaillent sans relâche, ces aspirations constantes vers un but difficile, enfla ces inquiétudes qui le caractérisent souverainement. M. Meyerbeer, génie laborieux et persévérant, accomplit une œuvre louable ; à part certaines concessions, un peu nombreuses peut-être, qu’il a faites au mauvais goût du public, il cherche de coutume ses succès dans des moyens que son art ne désapprouve pas. Poussé par sa nature et ses études vers le culte du vrai beau, s’il échoue quelquefois dans ses tentatives, ce n’est jamais la volonté qui lui manque ; et certes c’est quelque chose de nos jours qu’un homme de bonne volonté, et la critique devrait se conformer à son égard, plus qu’elle ne le fait, à cette parole du psalmiste : in terrâ pax hominibus bonoe volentatis.

Dejà dans Robert-le-Diable cette préoccupation de M. Meyerber se laisse voir à chaque instant. Je ne prétends pas dire qu’il ait partout réussi ; mais au moins, s’il se trompe, c’est avec bonne foi. Il a, je l’avoue, étrangement exagéré la physionomie de certains personnages, et donné plus au vêtement qu’à l’urne ; mais n’importe, la tentative n’en existe pas moins pour cela. Et d’ailleurs comment pouvait-il